Il est trois heures. En cet après-midi de début d'octobre, un petit vent frisquet venu de l'est se lève. Ayant observé la veille quelques bandes de canards en train de s'alimenter dans un de mes champs préférés, je trouve que c'est l'occasion idéale pour initier ma blonde Catherine à la chasse aux canards de champ. Le champ en question est situé près d'un petit chemin de campagne. Séparé en deux parties, l'une pour la culture de pommes de terre, l'autre pour les céréales, ce petit champ est un véritable aimant pour la sauvagine locale aussi bien que celle en migration. À l'extrémité ouest de ce petit lopin de terre, coule une rivière. À toutes heures de la journée, des bandes de canards font la navette entre le champ et la rivière pour aller s'alimenter.
Rapidement, 24 coquilles magnum de canards malards sont installées sur le chaume. Pour ne pas alerter les canards avec un affût qui ne se fond pas dans le décor, étant donné que je n'ai pas mes caches de sol sous la main, et afin de garder un profil bas, nous nous allongeons simplement dans un abaissement parmi les appelants, misant sur le mimétisme de notre camouflage à motifs "Shadow grass", pour passer inaperçus. Ne laissant rien au hasard, nous revêtons même des masques et des gants assortis à nos vêtements respectifs. Comme j'estime que les tirs se feront à courte distance, j'utilise un étranglement "SWAT" avec des cartouches à billes d'acier de 2 3/4 pouces chargées d' 1 1/16 once de billes numéro 4 (oui vous avez bien lu, 1 1/16 de 4). Certains diront que je suis bon pour l'asile en lisant ceci mais, de par les tests que j'ai effectués dans le passé avec la bille d'acier, j'ai constaté que le gibier est récolté plus proprement avec ce genre de munition à courte distance.
Quelques minutes se sont écoulées, sans crier gare et venu de nulle part, deux gros noirs se jettent littéralement sur nous. Surprise par le bruit, Catherine, qui n'est pas habituée de rester immobile dans ce genre de situations, fait un petit mouvement de la tête, ce qui a pour effet de faire prendre la poudre d'escampette aux deux palmipèdes, l'un d'eux criant à qui veut bien l'entendre qu'on ne le reprendra plus à ce petit jeu. Je décide de retenir mon tir et de laisser partir ces deux fuyards. De toute façon, me dis-je, il y en aura bien d'autres.
Après quelques minutes d'attente, j'aperçois enfin une dizaine de canards qui s'élèvent au-dessus de la rivière. À l'aide de mon "Strait meat mallard", je leur lance une série de cris d'appel. L'effet est immédiat et ils se dirigent droit sur nous; 100 verges de plus et ils seront au-dessus du plan. Je souffle quelques cris de bienvenue dans l'appeau et je me tais complètement. Les canards sont au-dessus de nos têtes, aussitôt le cran de sûreté de mon BPS est enlevé et je fais feu. J'atteins deux gros colverts qui tombent lourdement sur le sol. Rapidement, les oiseaux sont récupérés et je reprends place parmi les appelants. J'ai juste le temps de recharger mon arme que j'aperçois déjà une autre volée constituée de noirs et de malards qui s'élève une fois de plus au-dessus de la rivière. Je saisis mon appeau et je lance quelques appels longue distance mélangés à des "couacs" de cane solitaire. Il n'en faut pas plus pour les convaincre de venir festoyer avec les oiseaux factices. En quelques coups d'ailes rapides, ils sont déjà à portée de fusil. Je laisse partir mon premier coup sur un superbe mâle colvert qui est foudroyé net. Surpris par le coup de feu, deux noirs me "passent sur la tête" et je réussis à les récolter sans bavures. Tout en rechargeant mon arme, je distingue au loin un canard solitaire qui semble chercher des congénères. Je lui lance quelques appels insistants. Le dialogue a fait son oeuvre et mon canard se dirige maintenant droit sur nous à toute allure. Ne prenant aucune chance de peur de le voir disparaître, il est maintenant à portée et je fais feu à deux reprises. Foudroyé par mon deuxième coup, il tombe au sol et c'est avec satisfaction que je récupère un beau petit pilet juvénile. Bilan final : deux noirs, trois malard et un pilet, quel tableau! Et tout ça en moins d'une demi-heure, la chasse au champ, c'est ça!
La prospection
Plus souvent associée à la chasse à la bernache qu'aux canards, la chasse au champ procure pourtant de belles occasions pour l'amateur de becs plats en quête de nouveaux défis. De plus, pour le débutant ou le jeune qui ne possède pas beaucoup d'équipement, c'est l'occasion rêvée de pouvoir pratiquer son sport à peu de frais car aucune embarcation n'est requise et il n'est pas nécessaire de posséder beaucoup de matériel pour tirer son épingle du jeu. Étape primordiale, afin de dénicher de bons champs à canards : il faut faire de la prospection! Je sillonne les petites routes de campagnes très tôt le matin ou en fin d'après-midi, j'immobilise le véhicule près d'un site prometteur et avec mes jumelles je scrute les champs environnants. Quoiqu'il m'arrive à l'occasion de chasser dans des champs de luzerne ou autres fourrages, je porte davantage attention aux champs de céréales comme l'orge, l'avoine ou le maïs. La présence dans les environs d'un gros ruisseau, d'une rivière ou d'un étang est une valeur sûre, car noirs, ailes vertes, malards et compagnies y sont omniprésents. Les champs, inondés par de grandes mares après de fortes pluies, ne manqueront pas d'attirer tout ce beau monde également. Les canards sont des opportunistes ; lorsqu'il y a un plan d'eau près d'une source d'alimentation de qualité, ils n'hésitent pas à y élire domicile. Il faut cependant résister à la tentation d'aller y faire du cul-levé, et laisser à tout prix ce petit havre de paix tranquille, car au moindre signe de danger, les canards quitteront l'endroit pour un dortoir plus sécuritaire. Le plan d'eau devient en quelque sorte un réservoir à gibier et si le ou les champs des alentours font l'objet d'une pression de chasse normale, on réussit habituellement plusieurs belles récoltes, et ce, souvent jusqu'à tard en saison. Ceci étant dit, une fois un bon champ localisé, j'y retourne matin et soir jusqu'au moment de la chasse afin de m'assurer que mes canards ne se font pas déranger et pour en savoir plus sur les allées et venues des canards du secteur, les heures d'arrivée de mon gibier et sur la ou les portes d'entrées aériennes du champ. Bien sûr, avant d'entreprendre quoi que ce soit, il est primordial d'avoir la permission du propriétaire.
Les appelants
Pour le canard de champs, le choix d'appelants était assez restreint, il y a quelques années, mais de plus en plus de compagnies offrent de nouveaux produits de qualité spécifiques à cette façon de chasser les Anatidés. En premier lieu, il y a les bonnes vieilles silhouettes en contre-plaqué peintes noir mât. Pas chères, faciles à fabriquer et légères, elles sont efficaces et représentent un bon choix pour le chasseur à budget restreint. Elles manquent cependant de réalisme lorsqu'on a affaire à des oiseaux méfiants ou éduqués. Quant aux leurres commerciaux, les compagnies proposent des pleins formats ("full body"), des silhouettes photographiques et des coquilles. Tous sont excellents. Pour ma part, j'ai un faible pour un mélange pleins formats avec des coquilles. Quant au nombre nécessaire, tout dépend des bandes de canards qui pullulent dans le coin. Si par exemple, je chasse dans un champ où les voiliers de canards qui circulent sont petits, du genre 2 à 4 individus, alors je dispose entre 12 et 24 appelants. Si les voiliers sont plus gros et si le secteur est le lieu d'un grand rassemblement, j'en dispose de 4 à 5 douzaines. S'il y a présence de flaques d'eau dans le champ, j'inclus également des appelants flottants à l'ensemble.
Certaines journées, 2 ou 3 appelants suffisent à leurrer tous les canards du coin, alors que d'autres jours, il faut leur en mettre plein la vue. De toute façon, si vous chassez sur un site d'alimentation primaire que les oiseaux ont l'habitude de fréquenter et que tout est parfait, ne vous inquiétez pas, tout va marcher comme sur des roulettes! Détail important, il faut que les appelants soient représentatifs du gibier local. En effet, si les vols de canards qui fréquentent les environs sont en majeure partie constitués de noirs ou de malards, les appelants devront imiter ces espèces ou du moins, une des deux, soit l'espèce dominante. En ce qui concerne l'utilisation ou pas d'appelants en couleurs nuptiales au début de la saison, les avis sont partagés. Pour ma part, comme je chasse les canards au champ dès l'ouverture, considérant qu'à cette période les adultes n'ont pas leur plein plumage et qu'il y a beaucoup de juvéniles, je n'utilise que mes femelles malards avec des noirs.
Par contre, certains de mes confrères utilisent sans distinction mâles et femelles malards tout au long de la saison, et ce, dès l'ouverture. C'est à mon avis une question de district et de choix personnel. Dans l'est, la chasse ouvre plus tôt, alors qu'au sud-ouest, elle ouvre plus tard et à ce moment après quelques nuits fraîches, les mâles de la majorité des espèces sont déjà avancés dans leur plumage. Cependant, si vous tenez à n'utiliser qu'une espèce d'appelants et que la question des couleurs vous chicote, les appelants de canards noirs sont sans conteste les plus avantageux. En effet, le mâle et la femelle de cette espèce n'ont pas de dimorphismes sexuels très apparents, hormis le bec jaune du mâle versus celui de couleur olive de la cane. Petit truc personnel : je dispose toujours quelques appelants de corneilles comme appelants de confiances, près de mon installation, soit sur des piquets de clôtures, arbres ou tout simplement près du plan. Les canards ayant eu droit à quelques pétarades deviennent beaucoup moins méfiants en apercevant les corneilles. Il m'arrive aussi d'ajouter quelques appelants de bernaches à l'ensemble quand celles-ci fréquentent aussi le secteur.
L'appel
Vous avez sans doute déjà remarqué que des canards qui se nourrissent dans un champ sont très peu bavards, si ce n'est d'un "couac" ou deux à l'occasion et du caquetage. Dans cet ordre d'idées, je n'utilise mes appeaux que pour attirer l'attention des bandes au loin et pour garder le contact. Je n'utilise surtout pas le "feeding chuckle" qui est un cri utilisé dans les compétitions et non un vrai appel de canards. Les canards ont bien un jacassement d'alimentation, mais pas comme le "tac à tac à tac" de serpent à sonnette enragé que produisent certains chasseurs. Le vrai appel d'alimentation est plus un caquetage du genre "cakuc, cakuc, cacakuc" à bas volume. Grosso modo, on se sert des cris d'appel pour les bandes au loin. Dès que les canards montrent de l'intérêt, quelques cris de bienvenue mélangés à ceux de la cane solitaire et un peu de caquetage. S'ils se dirigent droit sur nous et surtout s'ils nous survolent, on se tait pour ne pas être repérés! Dès qu'ils repartent, on garde le contact avec un peu de cane solitaire et du caquetage, pas plus. S'ils venaient à perdre de l'intérêt, alors on utilise les appels de retour.
Les caches et le camouflage
Pour le canard de champs, les caches de sol du genre Finisher ou Power hunter de la compagnie Avery Outdoors sont le nec plus ultra. Surtout lorsque l'action se déroule précisément dans un champ où le relief est très bas ou inexistant. Les petites caches coniques font bien l'affaire aussi à condition qu'il y ait un peu de couvert au sol et aussi à condition de ne pas les placer trop haut comme une majorité de chasseurs insouciants le font. J'aime bien les champs où l'on retrouve de petits îlots de végétation non défrichés pour installer un affût portatif. Il m'arrive aussi à l'occasion de m'allonger, quand la géographie du terrain le permet, parmi les appelants ou tout près. Mais je préfère de loin les clôtures enchevêtrées de végétation, lesquelles procurent tout le couvert adéquat pour s'y dissimuler. Quant au camouflage, il est de première importance qu'il se fonde avec le couvert où vous êtes dissimulés. Les patrons Shadow grass, Wetland , Max 4 et Fall flight sont excellents pour la chasse au champ.
Armes et munitions
Pour la chasse au champ, je privilégie une arme maniable. Les armes avec canons de 24 à 28 pouces sont l'idéal. Qu'ils soient à doubles canons, semi-automatiques ou à pompe (à coulisse) l'important est que votre arme vous aille comme un gant. La chasse à la sauvagine nécessite souvent des vêtements chauds et épais, ce qui n'est pas pour aider le maniement confortable du fusil si celui-ci n'est pas bien ajusté à son propriétaire. Dans toutes les situations, l'arme doit monter à l'épaule de façon naturelle. À cet effet, il ne faut pas lésiner sur les ajustements comme la diminution d'une crosse trop longue par exemple. Un bon fusil à canard doit également être munis d'étranglements interchangeables qui permettent l'usage sécuritaire de munitions non toxiques. Quant au calibre, je ne vois que le 12 chambré à 3 ou 3 ½ pouces.
En ce qui concerne les munitions, pour les chasses de début de saison, j'utilise des cartouches de 2 ¾ ou 3 pouces chargées à 1 1/16 pour les 2 ¾ et 1 1/8 pour les autres, le tout propulsé à pas moins de 1550 pieds/secondes. Durant cette première partie de la saison, ce sont les billes numéro 4 ou 3 qui retiennent mon attention. Du côté étranglements, le Skeet ou le Cylindre amélioré sont à privilégier, mais en ce qui me concerne, j'ai un faible pour le tube "SWAT" de Wad Wizard. Pour le reste de la saison, ma cartouche de prédilection en est une de 3 pouces roulant aussi à 1550 p/sec chargée à 1 1/8 de billes # 3 ou 2 selon la situation. Le choix de l'étranglement se fait aussi en tenant compte du comportement des oiseaux; s'ils sont plutôt coopératifs, un étranglement ouvert donnera l'effet recherché, dans le cas contraire, un plus fermé ajoutera une marge de manoeuvre supplémentaire. Dans ce dernier cas, mon choix s'arrête sur le "SUPREME" également de Wad Wizard.
Si vous avez besoin d'informations au sujet des étranglements Wad Wizard :
Inpromarketing Corp. 110 Division Street, P.O. Box 267 Cobb, WI 53526. Phone: (608) 623-3131 or Fax (608) 623-2383 Toll-Free (877) 278-3131. www.wadwizard.com
Jean-François Riverin
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