Un colvert, une macreuse et deux poulets!
Par Jean-Pierre Simoneau

Accroupi dans un buisson, j'attendais la prochaine volée de colverts. Mais ce sont deux oiseaux de mauvais augure qui arrivèrent derrière moi en auto patrouille, entre les arbres du parc!

Pas question de les ignorer, ni de laisser mon arme par terre sans surveillance, ni de l'avoir en main pour aller leur parler; je sangle donc mon pompeux en travers de mon dos, sécurisé, déchargé, ouvert, barré et je vais à la rencontre des agents de la paix, en bon citoyen que je suis. J'enlève aussi mon foulard camo afin de laisser voir mon visage et je sors mes papiers avant même qu'ils ne me le demandent… Les gars étaient très calmes et polis, comme moi et ils s'excusaient presque de me déranger car ils devaient me demander d'aller chasser une soixantaine de pieds plus loin. Que voulez-vous, la police est au service des citoyens et il y en avait justement un qui venait d'émettre une plainte. À six heures du matin, ce citoyen se baladait sur la berge avec les règlements de chasse de la ville dans une main et son téléphone cellulaire dans l'autre… Une vraie chasse à cul levé, quoi. Les flics étaient aussi découragés que moi ; soixante pieds, qu'est-ce qu'on en a à foutre! Mais ce n'était pas le temps de hausser le ton ou de faire le bébé ; j'ai serré les orteils et les dents et j'ai sincèrement remercié de m'informer avec autant de courtoisie et de ne pas m'émettre de constat d'infraction. Je me suis aussi excusé pour le trouble que je venais de leur causer. Et bien sûr, je me suis déplacé de soixante-dix pieds.

De toute évidence selon moi, le plaignant venait d'utiliser la police municipale pour interrompre ma chasse matinale. Mais que voulez-vous, il avait la loi de son côté et il avait remis aux agents un demi pouce de photocopies de règlements municipaux. Quelqu'un s'était donc mieux préparé que moi ce matin-là et il faut savoir être bon perdant lorsqu'on a tort. Je me dis que c'était probablement l'un des deux gars qui m'observaient 20 minutes plus tôt, l'un avec des jumelles et l'autre avec son téléphone cellulaire, pendant que je rapportais un canard tombé dans le fleuve… J'ai eu beau saluer, héler, rien à faire; ils s'étaient éclipsés dans deux directions opposées comme s'il s'agissait d'une opération militaire. Plus tard, j'écrirai un autre article spécifiquement sur les citoyens qui se lèvent à six du matin pour surveiller les chasseurs et distribuer des photocopies aux policiers... Et sur les chasseurs qui reviennent à leur véhicule et trouvent les quatre pneus crevés.

Je chasse encore à cet endroit (ou plus exactement, une soixantaine de pieds plus loin). Mais depuis, j'ai beaucoup réfléchi à cette matinée. Si un jour je tombe sur des policiers moins courtois ou ne connaissant pas toutes les règles de chasse, bien sûr qu'éventuellement je gagnerai ma cause en cour municipale mais en attendant, ma chasse et ma journée auront été gâchées. J'ai donc le choix entre chialer inutilement contre le monde entier, me priver de chasser à mon site favori, prendre des risques inutiles en me contentant " d'être à mon affaire " ou me préparer à informer moi-même les agents si j'en rencontre encore dans les buissons. Pour être prêt à tout, on doit connaître ses droits avec exactitude et les respecter scrupuleusement, mais aussi être capable de les prouver immédiatement à n'importe qui. J'apporte maintenant tous les papiers : permis de port d'armes, enregistrement de l'arme, carte de chasseur, permis provincial de chasse aux petits gibiers, permis fédéral de chasse à la sauvagine, livre du règlement de chasse de l'année en cours, carte d'opérateur de petites embarcations, copie du règlement municipal me permettant de chasser dans un parc de la ville ou permission du cultivateur de chasser sur son terrain, avec évidemment ma carte d'assurance maladie et autres documents pertinents. Ceci m'emmènera à traiter d'un autre sujet: les porte-documents et boîtiers étanches…

Documentairement vôtre,
Jepy