Chez moi je n'ai pas de place pour un bateau et pas de temps pour un chien: j'ai donc trouvé un moyen de récupérer les canards qui tombent à l'eau. Il m'est beaucoup plus facile et pratique d’enfiler mes palmes et de remplir moi-même cette tâche. Hugues n’en revient toujours pas (Lire le texte "Un rapporteur bien spécial!"), alors j’accepte ici de répondre à toutes ses questions.

SV : C'est drôle, je ne vois jamais de photos de chasseurs qui mettent des palmes pour aller récupérer leurs canards: il doit sûrement y avoir une raison, car si c'était une chose normale et logique, tout le monde le ferait.
JP : Peu importe l'habillement et la condition physique, se précipiter dans l'eau glacée n'est ni une chose normale ni facile. Surtout s'il s'agit de rattraper un canard motivé.
SV : Si c’est si difficile et même dangereux, alors tu dois avoir des expériences connexes qui te dictent quoi faire ou ne pas faire.
JP : Je suis plongeur au sein des Forces canadiennes. Ça ne signifie pas que je suis ni un super héros ni un désaxé, mais simplement qu'en plus de me maintenir en bonne condition physique, j'ai acquis graduellement l'expérience et la méfiance nécessaires. Il y a des choses qui ne peuvent pas s'apprendre en un jour comme il y a des jours où il vaut mieux ne pas prendre de risques inutiles.
On a beau être en excellente forme et très bien habillé, le contact brusque entre l'eau froide et le corps risque de provoquer une hydrocution. C'est-à-dire que ses vaisseaux sanguins se contracteraient soudainement (vasoconstriction), provoquant une brusque hausse de pression pouvant faire perdre le contrôle du rythme respiratoire, voire même aller jusqu’à l’arrêt cardiaque. Ce phénomène peut se produire l'été, lorsqu'une personne ayant très chaud boit trop d'eau trop froide, trop brusquement. Le phénomène peut également se produire si l'on tombe de son embarcation dans l’eau glaciale à l’automne. Or, aucun entraînement physique ne rend plus endurant au froid. On le sent moins, mais l'effet reste là. Comme dans le temps où les gens croyaient que boire les réchaufferait...
Et puis, même lorsque l'eau est chaude, il faut connaître le courant et sa propre endurance; décider quoi faire avec son arme; ne pas se tordre une cheville sur les pierres glissantes; ne pas geler une fois revenu à la cache; avoir une tuque de laine et une en néoprène et la même chose pour les gants, etc.
SV : J’ai vu que tu flottais lorsque tu allais chercher les canards, que portes-tu en plus de tes palmes lorsque tu te lances à l’eau?
JP : J'ai un manteau camouflage « Ducks Unlimited » conçu pour flotter et approuvé par la garde côtière. Quand je l'ai acheté, je ne songeais pas encore à récupérer mes canards à la nage: j'ai fait ce choix parce qu'à la chasse en chaloupe, je tenais à être flottant en tout temps et qu'une veste de flottaison m'empêcherait de tirer. Mais maintenant que je nage avec, je songe à y installer un "beaver tail" (queue de castor), c'est à dire une bande de tissus passant entre les jambes et reliant l'avant et l'arrière du manteau, un peu comme une couche. Cela a pour effet d'empêcher l'habit flottant de trop retrousser vers la surface et de laisser geler le bas-ventre. En outre, je ne serais pas surpris qu'en se jetant à l'eau d'une bonne hauteur, un tel manteau sans "beaver tail" puisse retrousser et même se retourner à l'envers, étouffant la personne qui le porte. Mais je n'ai encore jamais chassé le canard à partir d'une falaise...
SV : Tu portais des bottes pantalons en néoprène qui se sont remplies d’eau glacée… pourquoi pas un « wetsuit »?
JP : En dessous du manteau flottant, je porte parfois une salopette de chasse (wadders), parfois une salopette de plongée (wetsuit). La première est parfaite pour se mouiller longtemps, mais pas au-delà du nombril, tandis que la seconde est parfaite pour se tremper complètement, mais pour peu de temps. Alors, je choisis en fonction du scénario que j'anticipe. Le Wetsuit ne fait pas de miracle, car si je me mouille ne serait-ce que les chevilles pour placer mes appelants, trois heures d'immobilité plus tard avec les pieds dans des bottillons humides, y fait « frette »... Par contre la salopette me garde au sec, jusqu'à ce qu'un canard tombe plus loin que prévu et que je doive nager au lieu de marcher dans l'eau: alors ça devient bien plus froid qu'un Wet, même si j'enlève l'eau après, en me tenant quelques instants à l'envers contre un arbre...
SV : Et le dry suit?
JP : Le Dry, je l'ai essayé à la fin de la saison 2005 et j'ai beaucoup apprécié. Les plongeurs savent qu'il existe deux modèles principaux, Néoprène et Trilam: ce dernier m'offre la souplesse de mouvement requise pour épauler mon arme. La tête que les gars ont faite au club de tir quand ils m'ont vu arriver en habit de plongée!!!
L'avantage avec le Dry est de rester au chaud, peu importe la durée de la chasse et le nombre de fois que j'entre et ressors de l'eau. Par contre, comme je marche beaucoup avec, j'inspecte régulièrement les pieds au cas où il y aurait des signes d'abrasion, car je n'ai pas envie d'avoir une fuite quand je plonge à 100 pieds de profondeur... Les hautes herbes sont également très coupantes et à force de marcher dans les roseaux, j'ai peur d'abîmer mon Dry. Je songe donc à porter une salopette de mécanicien par-dessus, pour protéger le tissu des jambes et du corps.
SV : Il a dû t’arriver des mésaventures…
JP : Tu veux dire, comme la fois où j'ai oublié d'enlever mon appeau et qu'il s'est transformé en bloc de glace? Mais ce qui me contrarie le plus souvent, c'est quand le gel rend inopérable la fermeture éclair de mon manteau: faut donc que je m'assoie avec dans la voiture et que j'attende que ça fonde...
Ma plus grande frustration à date, reste la fois où, presque parvenu à mon colvert après une poursuite intense, je l'ai vu s'envoler comme s'il n'avait jamais été blessé, me laissant seul et perplexe au milieu de la baie, les bijoux bien gelés dans mon Wetsuit! J'aurais dû m'assurer qu'il était bien mort avant de me mettre à l'eau ou apporter mon fusil pour l'achever.
SV : Apporter ton fusil: tu n'as pas peur de mouiller ton Belli SBE tous neuf?
CHESSIE : Primo, je ne l'ai pas acheté pour avoir peur de l'utiliser et le revendre deux ans plus tard à moitié prix. Secundo, j'ai justement choisi ce modèle dispendieux afin de pouvoir l'immerger dans l'eau: un semi-auto à inertie ne craint pas la condensation comme un semi-auto à gaz. Ensuite, je me dis que ce n'est pas pire que lorsqu'il pleut, pourvu que le métal soit bien traité avant et après. Je dois aussi m'assurer qu'il n'y a plus d'eau ou de glace dedans avant de tirer, car ça ne pardonnerait probablement pas... Une autre chose à éviter d'ailleurs, serait de laisser sur la rive une arme chargée et débarrée, sans surveillance. Au mieux, je pourrais me la faire voler. Et puis des enfants, ça va parfois à la pêche, même en automne... Le mieux est de confier l'arme à un partenaire et de ne pas nager comme un canard.
Finalement, ce sont surtout les munitions qui craignent l'humidité. Une cartouche qui a été trempée devrait être tirée dans la même saison, voire la même journée, sinon on risque un non-feu ou pire encore, un mauvais patron de grenaille qui blesse inutilement l'oiseau. Je vais d'ailleurs bientôt patronner des munitions identiques ayant subi diverses formes de trempage et d'entreposage. À suivre...
SV : En tout cas tout ce que je peux dire c'est que c'est très spectaculaire de te voir aller et c’est tres pratique pour moi de t’avoir car en plus d’aller chercher mes canards tu déneiges mes appelants! Tu es donc ce qu'on pourrait appeler un versatile...

HUGUES: OK JP c’est beau… lâches ma jambe JP… NON… lâches ma jambe… JP va chercher ton biscuit!
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