J'ai la chance d'avoir un patron compréhensif. Il me permet d'étaler mes vacances durant presque tout l'automne en m'accordant deux ou trois jours de congé par semaine faisant en sorte que souvent le mercredi et presque tous les jeudis et vendredis, de la fin octobre jusqu'en décembre, peuvent être consacrés à ma passion. Je vous fais part d'un vendredi d'automne typique, journée consacrée au repérage d'oiseaux préparant ainsi ma fin de semaine de chasse.
4 :30 AM
Le cadran sonne. J'ai 40 minutes de route à faire avant de voir des oiseaux et j'aime bien avaler mes deux rôties matinales.
5 :15 AM
Cartes routières et jumelles en main, c'est un départ. Je mets le compteur du camion au KM = 0 afin d'avoir une idée de la distance parcourue dans ma quête. Ça me donnera aussi une idée de la distance à parcourir demain alors que je devrai rejoindre mon groupe de chasse.
6 :00AM - Km 70
J'arrive à l'endroit de prédilection. La température est maussade et il y a un bon vent : la température idéale quoi ! Les oiseaux sont déjà au vol et je décide de suivre une bonne bande de bernaches.
6 :30 AM - Km 77
Les bernaches se posent dans un champ en ayant fait quelques détours. En scrutant les labours, je constate que plusieurs joues blanches sont déjà au rendez-vous. Je reste quelques minutes, mais elles ont toutes le cou bien droit et aucune ne se nourrit, ce qui n'est pas vraiment bon signe. Peu après leur arrivée, quelques oiseaux déguerpissent et je me doute fort bien vers quel endroit elles se dirigent. On redémarre.
7:30 AM - Km 84
Je continue un peu plus loin sur le rang et aperçois d'autres oiseaux en vol. Je décide de les suivre et les vois se poser dans une grande pièce de maïs déjà labourée, quelques kilomètres plus loin, dans un autre rang. Le bal est commencé et plusieurs centaines d'individus semblent vouloir faire la fête. Je garde cet endroit en tête afin d'y revenir plus tard dans la journée. Cette pièce sera la scène de mon plan " A ". Il est maintenant presque 8 :00 AM et l'endroit semble tranquille. Je ne vois d'ailleurs aucun autre observateur.
8 :00 AM - Km 98
Je continue mon chemin pour me diriger vers une pièce que mon partenaire de chasse a trouvée deux jours plus tôt. C'est sur un tout petit rang qui passe derrière les établissements d'un cultivateur que nous connaissons. Il m'avait indiqué que les oiseaux se tenaient dans les champs à gauche de ce petit rang. Comme je ne me méfie pas, je regarde surtout à ma gauche. Tout à coup, presque au bout du rang, quelle ne fut pas ma surprise de voir les oiseaux qui sont plutôt à ma droite, tout juste à 30 mètres de la route ! Ils ont sans doute vidé le premier champ et, faute de nourriture, ont tout simplement traversé le rang. J'essaie de me faire petit, mais essayer de cacher une camionnette de ¾ de tonne est pratiquement impossible. D'ailleurs, les premiers oiseaux sont déjà en vol, je viens de brûler l'endroit.
9 :15 AM - Km 122
Je continue encore sur la route et aperçois au loin plusieurs milliers d'oies. Je vais faire un tour, mais suis bien perplexe quant aux possibilités de chasse sur les oies : la chasse à l'approche est un véritable fléau en Montérégie et je me doute bien de ce qui va se produire par la suite. En effet, cela ne fait pas 10 minutes que quelques blanches sont au champ, que déjà une camionnette est stationnée devant ce champ. Je décide de rester quelques minutes, histoire de voir ce que mes lascars vont faire. En l'espace d'une quinzaine de minutes, les champs aux alentours se sont remplis d'oies : on dirait une vraie tempête de neige tellement il y a du blanc. Mes deux zigotos décident de passer à l'action, seulement pour se faire trahir par un autre de leurs congénères sans scrupules : le rampeux est accroupi en plein champ et tente d'approcher les oiseaux de cette façon… D'ailleurs, il se prépare de l'action sur le rang voisin : voulant observer les oies aux jumelles, j'ai aperçu deux autres véhicules stationnés à l'autre bout de ces champs…
9:50 AM - Km 125
Je laisse ce beau mic-mac et décide de retourner voir ma première pièce. Dommage, lorsque mon rampeux essayait de se faire des oies, il a également gaspillé tout un champ de bernaches qui était à proximité. Il y avait environ 500 outardes de jetées en arrière d'un button, dans une grande pièce de maïs labouré. J'ai été le seul à avoir vu des outardes dans ce coin là.
10 :15 AM - Km 163
De retour à mon premier champ, les oiseaux sont toujours présents et je ne vois pas d'intrus. Je décide d'aller voir le proprio et celui-ci m'accorde la permission de chasser, " à condition que vous ne montiez pas avec votre " truck " dans ma luzerne ", qu'il me dit. Je le rassure en lui montrant mon équipement de transport, une sorte de brouette en aluminium repliable et lui indique que mon groupe et moi respectons toujours la volonté du proprio. J'en profite pour lui demander à quel endroit je devrais stationner mon véhicule, afin de ne déranger personne et demande aussi le meilleur chemin pour me rendre à mon " spot ". La plupart du temps, les cultivateurs ont des allées pour aller aux champs. Ces allées facilitent grandement les déplacements et il n'est pas toujours évident de savoir si ces chemins existent.
10 : 25 AM - Km 181
Je fais une dernière ronde et je vais demander à un de mes compagnons de chasse s'il ne pourrait pas aller jeter un œil, après son travail. Dans un monde idéal, il faudrait s'assurer que les bernaches quittent la pièce d'elles-mêmes, afin de s'assurer qu'elles sont de retour le lendemain. Si elles quittent à cause de pressions extérieures, il n'est pas garanti qu'elles auront le goût de revenir.
10 : 35 - Km 205
Lors de mon retour, j'aperçois au loin dans une immense pièce labourée, quelques taches un peu plus foncées. Une bonne inspection avec mes jumelles me confirme que ce sont bien des bernaches et de plus, il y a en un bon paquet. Elles sont confortablement installées dans ce champ, étant loin de toute circulation, seuls quelques gardes sont en éveil. J'examine le champ attentivement et vois que l'accès est relativement facile. Ce sera mon plan " B " et je décide d'aller rencontrer le proprio, au cas où il y aurait eu un imprévu dans mon autre pièce. J'ai donc la permission à deux endroits. Ainsi nous aurons la possibilité de nous faire quelques oiseaux dans le premier champ, si rien ne dérange mon gibier, j'aurai également en réserve un autre endroit. J'élabore toujours un plan " B ", pour les raisons mentionnées plus haut, mais si j'ai à chasser cet endroit, j'envisagerai les perspectives de chasse de façon plutôt neutre. En effet, il m'a été impossible de voir à quel endroit les oiseaux se sont posés et quelles ont été leurs réactions lors de leur arrivée.
11 :30 - Km 300
Je suis de retour à la maison. Dans la soirée, au retour de son travail, mon compagnon est allé faire un tour et il m'a confirmé qu'il y avait toujours des oiseaux dans notre champ. J'ai noté le kilométrage à partir des deux endroits; mon plan " A " est à 78 Km, et mon plan " B " est à 86 Km de chez moi. On s'est fait toute une sortie le matin suivant, mais je garde l'histoire pour un autre récit….
Voilà, c'est de cette façon que je procède lorsque nous planifions de chasser aux champs. Malgré le fait qu'il ne soit pas donné à tous les travailleurs d'avoir autant de congés, je suis convaincu qu'il y a toujours moyen de faire des arrangements pour se libérer quelques heures. Mais, un peu comme pour presque toutes les formes de chasse, bien repérer où va notre gibier est primordial. C'est une perte de temps que d'installer tout notre équipement à l'aveuglette, à moins que notre but ne soit que de prendre des photos…. de nos appelants.
" L'outillage "
Ce qui suit est un résumé de ce qu'il faut retenir afin d'avoir une bonne prospection. Avant tout, mentionnons que le repérage d'oiseaux migrateurs nécessite quelques outils de base. Le premier est une bonne carte routière, détaillée, du comté ou de la région de prédilection. Une des façons de se procurer ces cartes est de se présenter à l'hôtel de ville de chaque grande municipalité afin de demander s'ils ont de ces cartes. Vous pouvez également faire comme moi et vous procurer le " Grand Atlas Routier du Québec " sur CD-ROM, disponible un peu partout (Canadian Tire, entre autre) ou encore vous procurer le CD ROM de Softmap, de la région qui vous convient. Ces cartes nous indiquent une foule de petits renseignements, dont les petits rangs cachés, les grands fossés, rivières et même quelques fois, les zones d'utilisations d'armes à feu. Pour ma part, je me suis confectionné une carte couleur avec les cartes du CD de L'Atlas Routier.
Le deuxième outil est une bonne paire de jumelles. Comme le repérage se fait à 95% du temps à bord de notre véhicule, le poids ne sera pas un facteur déterminant dans notre étude et je recommanderais d'utiliser celles qui procurent le plus fort grossissement. Pourquoi ? Simplement pour ne manquer aucun détail. Souvent, il nous sera impossible de voir une bonne flaque d'eau à partir du chemin et il est fort possible que ces nappes d'eau abritent une tonne de canards que vous ne voudrez pas manquer. On pourra aussi détecter un bas fond, derrière lequel on aura eu la chance de voir disparaître des oiseaux. Or, avec de bonnes jumelles, il sera facile de se faire des repères, comme un arbre à partir d'un fossé ou un relief quelconque du champ. Il est très important de bien marquer l'endroit convoité, afin de pouvoir s'y rendre ultérieurement, souvent à l'obscurité. Ce n'est pas aux petites heures du matin, alors que le temps est venu d'installer les caches et les appelants, qu'il est temps de perdre un précieux temps à chercher l'endroit idéal.
Il va de soit que d'utiliser un bon véhicule, mécaniquement en ordre, constitue également un bon outil. Il faut se rappeler que nous sommes souvent loin des grands centres, au milieu d'immenses terres agricoles. Les cultivateurs ont certainement le cœur à la bonne place et nous donneront un coup de main volontiers, mais il faut se rappeler que ceux-ci ont fort à faire durant le printemps et l'automne. Nous les sollicitons bien assez lorsque nous chassons sur leurs propriétés.
Quelques règles à respecter
1) Faites le repérage le matin
Comme vous pouvez vous en douter, le repérage des bons endroits doit se faire tôt le matin. La raison est bien simple : il est crucial de voir les oiseaux en vol, avant même qu'ils n'atterrissent dans les champs. En général, les plus matinaux sont les canards qui sillonnent les champs dès que la lumière du soleil se fait sentir, tandis que les bernaches attendent un peu plus tard avant de quitter le dortoir, soit environ une demi-heure après le lever du soleil. Pourquoi est-il préférable de les observer en vol ? Il y a plusieurs raisons et en voici quelques- unes :
A) Premièrement, la Montérégie est parsemée de champs de bonnes dimensions et souvent les oiseaux sont beaucoup trop loin pour être détectés de la route.
B) Aussi, si on est à la recherche de bernaches, 80% du temps elles auront tendance à affectionner des champs labourés. Elles profitent alors de leur coloration pour passer inaperçues. Il est donc préférable de les voir en vol pour les localiser, avant qu'elles deviennent invisibles. Si on ne les voit pas au vol, il faudra alors scruter minutieusement toutes les planches labourées, ce qui n'est pas une mince tâche.
C) Comme j'ai mentionné plus haut, les canards affectionnent les mares d'eau et c'est dans ces mares qu'ils iront se poser avant d'aller se nourrir. Les mares se forment dans des dépressions, donc des zones invisibles pour l'observateur qui se situe sur les routes au niveau du terrain. Il faut donc avoir l'occasion de les voir se poser, pour découvrir l'endroit exact de leur position.
Cela va en surprendre quelques-uns mais lorsque je fais mes rondes, il me faut calculer au moins 30 minutes de route avant d'être dans mon territoire. Cela est assez important à calculer, surtout lorsqu'on change d'horaire (heure normale de l'Est). Lorsque je n'ai pas d'idée dans quels secteurs vont se diriger les oiseaux, je me rends souvent, alors, près du dortoir des oiseaux, soit un cours d'eau ou lac. Je les suis lorsqu'ils sont en vol. C'est la méthode la plus simple pour faire du repérage.
Une petite parenthèse pour ce qui est de la chasse aux canards. Je suis conscient qu'il est possible de les chasser dans les champs en après-midi, mais j'ai toujours préféré le faire le matin. Les canards du matin forment des bandes relativement petites au départ du dortoir, soit quelques dizaines d'individus. Les petites bandes seront plus faciles à chasser et les décharges de fusils vont effrayer un plus petit nombre d'individus, assurant ainsi des arrivées plus constantes tout au cours de la chasse. L'après-midi venu, les canards ont eu tout le loisir de former d'immenses voiliers, ce qui n'est pas l'idéal pour la chasse aux appelants.
2) Garder le focus
Ce que vous voulez, c'est de vous installer sur le "X", à l'endroit ou les migrateurs atterrissent afin d'être dans la zone de tir efficace. Vous voulez donc voir les oiseaux entrer dans le champ et ainsi situer leur piste d'atterrissage. Il est fort possible qu'à l'intérieur même d'une pièce, que la piste d'atterrissage ne corresponde pas à l'endroit où ils se nourrissent. Ceci voudra dire que l'endroit où vous pouvez les apercevoir au cours de la journée, i.e. l'endroit où elles se nourrissent, n'est pas vraiment sur le "X". Il n'y a rien de plus ennuyant que d'être dans le bon champ, mais au mauvais endroit, et de devoir changer les caches de place après avoir vu les oiseaux atterrir hors de portée de tir, malgré vos appelants et votre appel. Comme mentionné plus haut, il sera donc important d'établir des points de repères, un piquet de clôture particulier, un arbre près d'un fossé, la fin d'une ligne d'arbres, etc., afin de s'assurer d'être au bon emplacement.
Il en va de même pour l'endroit où nous sommes sur la route ou dans les rangs de campagne. Cela paraît simpliste, mais si on n'a pas de points de repères routiers, il est parfois difficile de s'y retrouver en véhicule le lendemain matin, lorsqu'il fait encore nuit. À la noirceur, les bâtiments de ferme se ressemblent tous. Prendre en note le nom ou l'adresse du propriétaire sur sa boîte de courrier nous évite aussi beaucoup de confusion. Quel fermier ne sauterait pas de son lit à voir deux ou trois camions étrangers, entrer sur sa propriété à 4 :30 AM….
Plus la saison avance, moins je porte attention aux déplacements des oies. Pourquoi ? Le rampage, l'effarouchement et le fait que les oies aient été chassées à l'est de la province font de celles-ci des oiseaux extrêmement nerveux. Les oies auront tendance, alors, à ne pas revenir au même endroit où elles étaient la veille. Les deux seules occasions où je me préoccupe des oies sont au tout début de la saison lorsque le peu de champs disponibles n'offrent que peu d'endroit de nourriture convenable et les oies n'auront pas d'autres choix alors que de revenir ou lorsqu'elles auront décidé de partager un champ avec des bernaches.
3) Bien se positionner pour observer les oiseaux sans les effaroucher
Les oies et les canards sont particulièrement gourmands lorsqu'ils sont au champ et peu d'individus vont faire le guet. Cependant, l'inverse s'applique aux bernaches. La première chose que ces oiseaux feront lorsqu'ils se seront posés, est de vérifier si l'endroit est sécuritaire. Si l'endroit est jugé satisfaisant par les plus vieilles du groupe, les oiseaux vont adopter le champ, tout en s'assurant qu'il y a toujours des sentinelles qui montent la garde. Pour cette raison et cela va sans doute en surprendre quelques-uns , lorsque je découvre un champ qui montre un bon potentiel pour les bernaches, je ne me stationne jamais devant ce champ où mes oiseaux se sont posés, pour les observer. Je vais me stationner deux ou trois champs plus loin ou positionner mon véhicule dans le rang voisin. J'ai vu en maintes occasions des oiseaux fuir un champ parce qu'il y avait simplement trop de circulation ou d'observateurs près de ce champ.
Je ne porte également que peu d'attention à un champ bourré d'outardes, trop près d'une grande route (bien qu'il y ait quelques exceptions). Souvent, la raison pour laquelle ces oiseaux sont si près, est qu'elles vont simplement avoir vidé ce champ de toute nourriture et sont bien près de changer d'endroit. Il peut y avoir également beaucoup d'admirateurs routiers qui viendront observer les bernaches, ce qui ne rassure guère nos migratrices.
4) Trouver les champs bien garnis
Pour qu'un endroit soit considéré comme ayant du potentiel, on doit pouvoir y observer au moins quelques centaines d'individus. Non pas que les oiseaux ne reviendront pas dans ce champ, mais si ce champ contient seulement une quarantaine d'oiseaux, ce sont seulement ces oiseaux qui vont revenir, donc offrir peu d'opportunités de tir. Par contre, je garde ces pièces en mémoire car, au fil des jours, il est très probable qu'elles deviennent intéressantes.
5) Contacter le propriétaire du champ
Lorsque je trouve un bon champ et que la compétition n'est pas trop forte (autres chasseurs), je ne demande pas la permission au proprio tout de suite. Je continue plutôt ma ronde et reviendrai plus tard durant l'avant-midi ou mieux durant l'après-midi. Si mon champ contient encore des oiseaux, le potentiel se concrétise et c'est à ce moment que je vais aller au proprio. Il peut arriver une foule de choses durant l'avant-midi, notamment des chasseurs à l'approche (rampeux) qui auront monté les oiseaux, un renard un peu trop entreprenant, des travaux dans le champ, etc. Les oiseaux peuvent aussi avoir décidé, tout simplement, que le champ ne convenait pas, soit par manque de nourriture ou manque de sécurité et iront s'installer ailleurs. Cela est pure perte de temps que d'essayer de chasser des champs qui se seront vidés pour l'une ou l'autre des raisons mentionnées plus haut. En continuant ma ronde, cela me permet de découvrir d'autres bons potentiels et je n'aurai pas dérangé inutilement les proprios des autres champs " brûlés ". Cela me permet également d'aller surveiller ma première pièce (en revenant quelques fois au cours de l'avant-midi), au cas ou il y aurait des audacieux qui voudraient aller cueillir deux ou trois oiseaux. Lorsque cela arrive (des rampeux), je les arrête et les invite plutôt à revenir avec nous le lendemain matin.
Lorsque je découvre un bon endroit, l'étape suivante est de trouver le bon propriétaire. Pour ce faire, ma première étape est d'aller voir la ferme où il y a un séchoir à grains le plus près de ce champ. Si je ne peux rencontrer le proprio à cet endroit, les employés de la place sauront bien me dire où il réside ou à tout le moins à qui appartient le champ convoité. En Montérégie, 85% du temps, les oiseaux seront dans un champ de maïs, donc un champ de grande culture, et qui dit grande culture, dit grande infrastructure, c'est-à-dire des grands silos, un séchoir, beaucoup de machinerie, etc.
6) Un peu de civisme
Je ne suis jamais à l'aise d'aller rencontrer un fermier dans une étable : j'ai l'impression de carrément violer un endroit privé ou de jouer à cache-cache avec un inconnu, ce qui ne me rassure guère. Mais lorsque j'ai à le faire, j'essaie de faire part de ma présence sans trop faire sursauter cette personne. Cela aura beaucoup d'effet sur l'humeur future de mon interlocuteur. La présentation est également importante à mon avis. Lorsque je fais mes rondes, je m'habille le plus civilement possible.
Je ne cogne jamais à une porte avant 9 :00 am. Les cultivateurs sont tous matinaux, soit par obligation ou par choix, mais il arrive qu'un champ appartienne à un nouveau résidant rural provenant de lieux plus urbains et ces proprios ne sont pas tous des matinaux. De plus, les travaux de traite (le " train ") sont faits à cette heure et on ne dérangera pas inutilement le fermier. Un peu de civisme n'a jamais fait de mal à personne. Bien sûr, si je vois quelqu'un près d'un établissement, j'irai de préférence rencontrer cette personne.
Lorsque je rencontre le proprio et que je vois que celui-ci a un intérêt, j'essaie d'établir une conversation. Les cultivateurs ont particulièrement à cœur tout ce qui touche leur métier et sont souvent des livres ouverts. En démontrant de l'intérêt pour l'entreprise du fermier, le chasseur que je suis pourra alors se faire révéler une foule de petits renseignements utiles. Il est aussi vraiment étonnant de découvrir tout ce qui touche l'agriculture. Également, ces gens sont les premiers à être surpris de constater qu'il y a du gibier sur leur propriété, surtout lorsqu'ils n'ont plus de travaux à faire dans leurs champs. Durant la conversation, je montre au fermier où est le gibier. C'est une façon de le rassurer et de lui démontrer le sérieux de mon entreprise, à savoir que je ne dérangerai pas son cheptel ni ne ferai aucun dommage à sa propriété. Je lui indiquerai surtout que je laisserai l'endroit exactement comme il était avant mon intervention. Je lui indique également quel est mon véhicule et celui de mes partenaires de chasse. Ce sera la meilleure façon pour lui de me reconnaître le lendemain. J'en profite également pour lui demander le meilleur endroit de stationnement et le meilleur accès au champ.
Je ne force jamais une demande de permission. Si le proprio ne me donne pas la permission, c'est son droit, il est chez lui. Je tenterai alors d'aller voir son voisin pour essayer de faire quelques oiseaux à la passe ou carrément me dénicherai un autre champ, d'où mon plan " B " mentionné plus haut.
Lorsque la chasse a été effectuée, bonne ou pas, j'ai toujours une ou deux bonnes bouteilles de rouge à remettre au proprio (s'il ne boit pas de rouge, cela lui fera toujours un beau cadeau de Noël à donner…), et si cela l'intéresse, un ou deux oiseaux de ma récolte. La plupart du temps, celui-ci sera surpris de cette offre et sera en mesure de constater ma gratitude. J'en profite pour lui demander s'il n'y a pas eu d'inconvénients et le cas échéant la permission de revenir plus tard dans la saison.
Bonne chasse.
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