RECONNAÎTRE LES 3 STADES
La première chose à savoir est que l’approche des canards vers les appelants se fait toujours en 3 étapes :
1) l’entrée
2) la prise de décision
3) la sortie
Apprenez à lire les canards et sachez reconnaître à quel stade ils sont rendus lors de leur approche. Lors de l’entrée les battements d’ailes sont réguliers et les canards en formation tandis que lors de la prise de décision les battements d’ailes deviennent irréguliers, la formation se défait, les ailes sont souvent cassées et on perçoit la tête qui cherche. Lors de la sortie on assiste à une reprise d’altitude, un changement de direction radical et des battements d’ailes accélérés.
LE BON SON AU BON MOMENT
Apprenez à utiliser le bon son au bon moment; rien ne sert de faire des gloussements de canards qui se nourrissent ou des appels de retour si les canards sont à 200 verges! Sachez bien lire vos canards et ils vous dicteront ce qu’ils veulent entendre. Un appel de retour bien placé, au bon moment, peut faire toute la différence.
Il est donc crucial d’être bon observateur et de commencer à appeler aussitôt que les canards sont en vue. Si vous utilisez les bons appels au bon moment, il sera possible de garder leur intérêt jusqu’au moment du coup de feu.
Je vous présente brièvement les principaux appels à produire lors des différents stades et j’élaborerai plus en détails dans le cadre de d’autres chroniques. Lors de l’entrée, les appels de longue distance («hail call») et appels de bienvenue («greeting hen call») sont de mise pour attirer leur attention. Ensuite, lors de l’étape décisionnelle du canard, il est grand temps d’essayer de les convaincre. Mettez-y le paquet, car les canards doivent croire que c’est LA PLACE. Conjuguez des appels de cane satisfaite («contented hen call»), appels de canards qui se nourrissent ( «feeding call») et entrecoupez le tout de couacs bien sentis. Faites toujours preuve de réalisme. Finalement, si vous n’avez pas réussi à convaincre les canards de se pointer à portée de tir et qu’ils sont rendus au stade de sortie, vous allez avoir besoin de faire des appels de dernier recours: appels de retour («comeback call») et appels de cane dominante («dominant hen call») sont prescrits pour essayer de les rappeler. N’oubliez pas de bien lire vos canards car un couac mal placé ou un appel de retour au mauvais moment fera échouer vos tentatives.
SOYEZ PERSISTANT!
N’abandonnez pas trop vite ! Les canards ne sont pas aussi structurés que les bernaches. Les canards quittant leur formation n’auront pas la même tendance à regagner leur formation si cette dernière décide de continuer son chemin. Soyez convainquant et persistant, mais rien ne sert de s’époumoner si toute la volée passe en vous ignorant. N’arrêtez pas trop vite non plus, car si vous réussissez à n’en convaincre qu’un seul, concentrez-vous sur celui-ci. Un de gagné vaut mieux que dix de perdus.
SOYEZ VRAI, ÉCOUTEZ LES CANARDS!
Soyez conscient de la gamme de vocalisation de la cane malard la plus bavarde et sonnez comme cette dernière lorsqu’elle est sur l’étang ou sur la rivière à l’aube. Elle ne lancera jamais une série de 20 notes en « highball », mais plutôt une série de 4 ou 5 notes de cane satisfaite.
Une exception: lorsque vous voyez les canards à distance, vous pourrez tout de même faire une série de notes hautes en decrescendo de type « highball » si vous en êtes capable. De cette façon, il sera possible d’attirer leur attention. Les canards sont loin et n’entendent qu’une fraction de ces appels, ce qui fait que même si le son est moins réaliste, ce stratagème attirera leur attention.
C’est lorsqu’ils se rapprochent qu’il sera indispensable d’être vrai. Usez de réalisme. Utilisez des séries d’appels courts, pas plus que 4 ou 5 notes et quelques couacs. En d’autres mots, sonnez comme une cane. S’ils repartent, soyez un peu plus insistant et convainquant en augmentant la cadence de vos appels, mais n’oubliez pas le RÉALISME.
APPELEZ D'UNE SEULE MAIN
Apprenez à utiliser votre appeau à canards d’une seule main. Notez que pour la bernache, c’est autre chose; nous en reparlerons lors de prochaines chroniques. Trop souvent, j’ai vu des chasseurs utiliser les deux mains pour appeler, spécialement pour les gloussements de canards qui se nourrissent. Sachez que ces appels n’ont besoin que de peu de modulations de la main. Au lieu d’utiliser les deux mains pour appeler, maintenez l’appeau fermement d’une seule main au niveau de l’embouchure « insert ». L’ouverture au bout de l’appeau ne devrait être obstruée d’aucune façon, la main agissant à la manière d’un mégaphone pour diriger le son et très peu pour l’étouffer.
N’oubliez pas : une main sur l’appeau et l’autre sur le fusil !
LA PRATIQUE FAÇONNE LA PERFECTION
Malheureusement, il n’y a pas d’autres moyens que la pratique pour devenir efficace avec un appeau, à moins, bien sûr, de toujours compter sur votre ‘’chum’’ de chasse!
L’appel est comme le reste, si on veut performer, il faut s’exercer. N’attendez pas la semaine avant l’ouverture pour commencer à pratiquer, car en agissant ainsi, il est probable vous ne serez pas pire que la dernière saison, mais vous ne serez sans doute pas meilleur non plus.
N’hésitez pas à recueillir de l’information pour parfaire votre technique. Il est toujours possible de poser vos questions aux professionnels ou aux sauvaginiers expérimentés, lors des différents salons. Ils se feront un plaisir de vous aider, certains d’entre eux donnent même des cours d’appel pour tous les niveaux. Inscrivez-vous à des séminaires, rien de mieux que de passer une journée à parler sauvagine entre amis tout en apprenant de nouvelles techniques et astuces. Vous savez, nous sommes tous accros, cependant certains accros en deviennent malades...
Ne vous surprenez donc pas si, en vous pratiquant dans l’auto, vous attirerez de drôles de regards des autres automobilistes !
SOINS DES APPEAUX
Gardez vos appeaux propres. Si vous utilisez un appeau de type Arkansas, le petit morceau qui bloque l'anche, qu’il soit en liège ou en caoutchouc, doit être en bon état tout comme l'anche afin que votre appeau exprime un son digne d’un canard. Notez que le bloqueur de liège demandera plus de soins que le caoutchouc. Il devra toujours demeurer assez serré dans « l’insert » et restera fonctionnel, en moyenne, entre 1 et 2 saisons… tout comme les anches. Contactez le manufacturier, le magasin ou bien le ‘’pro staff’’ si vous avez besoin de nouvelles pièces; celles-ci sont disponibles à peu de frais. De plus, il sera toujours temps d’effectuer un bon ajustement des appeaux.
APPEL DE COMPÉTITION OU APPEL DE CHASSE
Ne tombez pas dans le panneau d’essayer de reproduire une routine de compétition lors d’une situation de chasse. Une compétition se déroule avec une situation préétablie et le compétiteur doit se conformer à un scénario . Voici un exemple. Les canards sont éloignés et vous tentez de capter leur attention. Lorsque vous avez leur attention vous essayez de la conserver. Les canards ont vu quelque chose, ils repartent, vous devez les rappeler et les convaincre que tout est beau. Vous les amenez ensuite jusqu’au coup de fusil. La routine doit se dérouler dans un minimum de 80 sec. à un maximum de 90 sec.
Contrairement à ce scénario, tout peut se produire à la chasse, rien n’est défini d’avance. Plusieurs sons de compétition se transposent très bien aux situations de chasse mais ne reproduisez tout simplement pas une routine.
N’essayer pas d’adapter vos situations de chasse à vos appels mais faites plutôt l’inverse : adaptez vos appels à la situation qui se présente.
UTILISEZ PLUSIEURS APPEAUX
La versatilité est la clef du succès! En effet, le secret de l’appel est sans doute de pouvoir faire preuve d’une grande flexibilité. Cette souplesse vous permettra de vous adapter à toutes les situations qui se présentent.
Cette souplesse se reflète, non seulement dans vos compétences, mais également dans la variété des types d’appeaux qui vous permettront d’avoir des tonalités différentes. Pour cette raison, un sauvaginier devrait avoir différents appeaux autour du cou. Aujourd’hui, l’acrylique est le plus populaire des matériaux dû à sa très grande stabilité, à sa résistance et à son insensibilité face aux changements climatiques. Les appeaux de bois ont un son plus doux et plus mielleux généralement. Par contre, ils sont plus fragiles aux changements de température. Ceux en plastique et en polycarb génèrent un son se rapprochant de l’acrylique mais ils sont plus vulnérables aux changements climatiques, tout comme le bois.
Un chasseur devrait posséder au moins un appeau puissant pouvant projeter le son très fort donc très loin, on parle des appeaux de type ‘’open waters’’. Comme son nom l’indique, ces appeaux sont idéals pour les grands plans d’eau ou une chasse aux champs. Il devrait posséder un second appeau qui sera capable de faire des sons plus doux et plus étouffés, on parle des appeaux de type ‘’timber’’. Ce style d’appeau est très utile pour la finition ou pour chasser dans de petits endroits comme les étangs ou les bois inondés. Finalement, un bon appeau de réserve qui n’aura pas nécessairement besoin d’être un appeau pour la compétition à 300.00$ est de mise. Il s’agit simplement d’un appeau avec une ou de bonnes anches fonctionnelles qui sera utilisé si un bris survient aux 2 autres appeaux.
Pour ce qui est des tonalités qu’émettent les appeaux, il en existe toute une gamme qui peut aller de claires à même très claires. Les appeaux de compétition tombent dans cette classe, car sur une scène, le compétiteur doit faire entendre un son extrêmement puissant. Beaucoup de volume et de flexibilité sont nécessaires pour impressionner les juges et les convaincre qu’on a une entière maîtrise de leur engin. De leur côté, les appeaux de chasse sont plutôt rauques et graveleux. En effet, un son graveleux, gras, rauque et nasillard est tout indiqué pour le réalisme total nécessaire à la chasse.
Bref, avec la pratique vient une maîtrise d’un très grand répertoire de sons et de cadences. Avec l’expérience vient une certaine dextérité à savoir lire les réactions des canards aux différents appels. Ajoutez à cela un coffre contenant une variété d’appeaux qui seront capables de développer un bon répertoire de différentes tonalités et vous aurez toutes les chances de pouvoir leurrer et d’amener les canards à courte distance.
En espérant que ces quelques conseils amélioreront vos chasses et vous donneront le goût de l’appel. Ces astuces fonctionnent pour moi et loin de moi l’idée de vouloir vous convaincre que ma façon est la seule valable. C’est ce qui fonctionne pour moi et ça serait merveilleux si vous pouviez y trouver votre compte. Au nombre de sauvaginiers que nous sommes, mieux vaux s’entraider.
|