Vous êtes un sauvaginier? Vous avez donc besoin d’un rapporteur.
Par Jean-Francois Riverin

-- Première Partie --



Qui ne connaît pas le dicton qui affirme qu’un chasseur doit savoir chasser sans son chien? Il s’agit évidemment d’un exercice de prononciation qui ne tient pas compte de la réalité. Rare sont les sauvaginiers qui s’imaginent chasser sans l’aide de leur compagnon à quatre pattes. S’acquittant de la tâche la plus importante, celle de récupérer le gibier, un bon rapporteur bien entraîné est un précieux auxiliaire dont un amateur de sauvagine ne saurait se passer. N’importe quel chasseur de migrateurs peut récolter du gibier et le récupérer sans l’aide d’un chien dans des conditions idéales. Toutefois, en l’absence de chien en situation plus difficile, plusieurs oiseaux seront perdus ou irrécupérables qu’ils soient blessés ou pas. Parmi la gens canine, huit races se démarquent comme étant des spécialistes du rapport de gibier. La question demeure entière : quelle race vous convient le mieux? Les lignes qui suivent dressent un portrait sommaire des caractéristiques de chacune, le but ultime étant de vous aider à choisir le rapporteur qui s’adapte le mieux à vos méthodes de chasse ainsi qu’à votre style personnel.



Le Chesapeake Bay retriever. Machine à rapporter, la résistance du « Chessie » face aux éléments n’a d’égale que sa détermination à récupérer du gibier dans des conditions qui garderaient la plupart des sauvaginiers modernes au chaud à l’intérieur. D’origine américaine, le Chesapeake fut développé afin de combler les besoins spécifiques des chasseurs commerciaux de la Côte Est qui envoyaient leur « stock » d’oiseaux migrateurs de la Baie de Chesapeake au Maryland vers les marchés extérieurs. La vie était difficile pour ces mariniers qui avaient besoin d’un chien robuste capable de partager leur fardeau quotidien. Munis d’une canardière à bord du bateau (puntgun), le chasseur faisait feu sur les attroupements de canards rassemblés au dortoir. Par la suite, le Chesapeake qu’on appelait « Bay dog » à cette époque, avait la tâche de récupérer les oiseaux abattus dans des eaux glacées par toutes les conditions possibles. Un Chesapeake récupérait généralement entre 200 et 300 canards par nuit. En l’absence de son maître, le chien devait garder le gibier de même que le bateau et son contenu contre tout assaillant, humain comme animal.

L’endurance, l’instinct protecteur et une habilité à travailler sans avoir besoin de commandements étaient des traits que les chasseurs commerciaux admiraient et la sélection des sujets reproducteurs était faite afin de conserver et d’améliorer ces qualités. Ses origines remontent à 1807 avec le naufrage d’un brick anglais, sur les côtes du Maryland. Parmi les survivants, deux chiots terre-neuve qui s’avérèrent d’excellents rapporteurs, furent croisés à divers chiens locaux. On mentionne également l’apport de sang d’Otterhounds, de Curly coat retrievers et de Water spaniels. Le résultat de cette sélection donna naissance à un nageur puissant capable de passer des heures à récupérer du gibier dans des eaux glacées inhospitalières. De nos jours, grâce à des programmes sélectifs, les éleveurs ont « adoucit » la race afin quelle soit plus adaptée aux besoins d’aujourd’hui en sélectionnant des sujets avec des tempéraments plus dociles et plus enclins à accepter les directions. Très volontaire au travail, le Chesapeake n’est pas à conseiller pour les apprentis dresseurs ou comme premier chien de chasse, car il peut s’avérer têtu, indépendant ou demander un dressage plus « subtile » que les autres rapporteurs . On entend souvent qu’un tel chien ne se dresse qu’avec un 2X4 mais rien n’est plus loin de la vérité. Malgré ses airs d’ours Kodiak, le Chessie est un chien qui apprend bien à condition qu’il se sente aimé de son maître à qui il sera entièrement dévoué. Cette race a tendance à n’obéir qu’à un seul maître si une seule personne s’en occupe.



Les femelles atteignent la maturité mentale beaucoup plus vite que les mâles qui demeurent adolescent plus longtemps. Même si la race a été tempérée par de nombreuses années de sélection afin d’éliminer les sujets agressifs, certains caractères perdus dans les générations peuvent refaire surface, si bien que le Chessie peut se montrer particulièrement hostile envers les étrangers s’il n’est pas bien socialisé en bas âge. Peut se révéler meilleur gardien et beaucoup plus dissuasif que bien des races conçues à cet effet s'il sent son univers ou son maître menacé. À l’instar des autres chiens de chasse, le Chesapeake demande beaucoup d’exercice et d’espace. C’est une race qui évolue bien à la campagne ou dans les régions maritimes. Sa taille varie entre 23 et 26 pouces pour le mâle et entre 21 et 24 pouces pour la femelle. Le poids du mâle se situe entre 65 et 80 livres et souvent plus alors que la moyenne des femelles jouera entre 55 et 70+ livres. Sauf un brossage occasionnel afin d’enlever les poils morts, la robe du Chesapeake ne requiert pas de soins particuliers. Elle est de couleur variant du brun foncé au jaune paille communément appelé herbe morte ou « Dead grass ». Le Chesapeake est-il un chien pour vous ? Je laisse le soin à l'auteur Jerôme B. Robinson de vous poser la question : « Si vous êtes un chasseur extrême qui accorde plus d’importance à la récupération du gibier plutôt qu’à l'étiquette ; si vous voulez un chien dévoué à son maître qui peut transporter une bernache de 12 livres sans efforts et qui suivra un blessé jusqu’aux confins de la terre ; si vous voulez un chien qui ne refusera jamais un rapport et fera tout pour vous à la seule condition que vous l’ameniez à la chasse, alors le Chesapeake est pour vous ».



Le Labrador retriever. Chien de chasse et de compagnie le plus populaire en Amérique du Nord, rares sont les races qui combinent un amour de l’eau et un instinct de rapport aussi fort que le débonnaire Labrador. Originaire de Terre-Neuve et non du Labrador comme l’indique son nom, le « lab » serait, selon la légende, issu du croisement d’une loutre et un terre-neuve. Bien que tout cela ne soit qu’un mythe, son aisance à évoluer dans l’eau glacée et son tempérament amical laissent croire qu’il y a peut-être une part de vérité dans tout cela ; en effet, il est bien descendant direct du terre-neuve. Bien avant que la race ne soit officiellement fixée, il fut aussi connu dans sa terre natale sous les noms de Chien noir d’eau, Petit Terre-Neuve ainsi que Chien de St-John.

À l’origine utilisé par les pêcheurs pour tirer les filets de pêche vers la berge, le labrador n’hésitait pas à s’élancer dans les eaux froides de l’Atlantique afin d’aller récupérer les poissons échappés des mailles. Vers les années 1800, épatés par les prouesses et les qualités de rapporteur de ces chiens noirs, des marins anglais visitant Terre-neuve en ramenèrent quelques spécimens en Angleterre afin d’en faire des rapporteurs de gibier. Ces sujets furent croisés par la suite à divers autres chiens de chasse dont le Curly coat retriever et le pointer anglais, pour son flair. En Angleterre, les rapporteurs étaient largement utilisés par les lords de l’époque qui ne voulaient pas que leurs précieux chiens d’arrêts s’abaissent à récupérer le gibier. Ces gentilshommes avaient l’habitude de chasser avec deux chiens, un d’arrêt et un rapporteur. Sa première tâche en sol britannique fut d’abord de rapporter le faisan sur les hautes terres, mais son amour inconditionnel de l’eau ainsi que son aisance dans les marais en firent vite le favori des sauvaginiers et sa popularité grimpa au détriment du Flat coat et du Curly coat retriever. Doté d’une intelligence au-dessus de la moyenne et d’un flair qui figure parmi les plus aiguisé de la race canine, son tempérament amical et son désir de plaire ne sont pas étrangers à son immense popularité à travers le monde. Ajoutons à cela un besoin inné de ramener tout ce qu’il trouve et une facilité d’apprentissage doublée d’un désir de rester près de son maître, pas étonnant que le labrador soit le choix de la majorité des chasseurs. Son caractère doux en fait un excellent chien de famille et bien qu’il soit principalement utilisé comme rapporteur, il excelle également comme chien leveur. Ajoutons que certaines lignées de labradors pointeurs ont même été développées.



La robe du lab est constituée d’une épaisse couche de sous-poils imperméables doublés de poils raides qui le protègent des basses températures ainsi que des longs séjours dans l’eau froide. Facile à entretenir, sa fourrure ne nécessite pas beaucoup d’entretien. Le labrador vient en trois couleurs unies : noir, blond ou chocolat. Contrairement au Chesapeake chez qui l’on accepte une tache blanche sur le poitrail ou sur le bout des pattes, un labrador de race pure ne doit jamais porter de tache ou être de deux couleurs. Notons qu’il arrive fréquemment de rencontrer les trois couleurs dans une seule et même portée.



La taille du Labrador varie généralement entre 22.5 et 24.5 pouces pour le mâle et entre 21.5 et 23.5 pouces pour la femelle. Le poids du mâle se situant entre 60 et 75lbs et celui de la femelle entre 55 et 70 livres. Cependant, ces mesures sont celles indiquées par le standard, mais il est fréquent de rencontrer des sujets plus hauts et plus pesants dans les lignées de chasse ; certains mâles peuvent friser les 100 livres et certaines femelle les 80. Très précoce, le labrador s’entraîne généralement bien et apprend vite. Sujet à l’obésité et à la gourmandise, il demande beaucoup d’exercice mais s’adapte facilement à divers environnements à condition d’être près de son maître et d’avoir droit à sa promenade quotidienne.



L’American water spaniel. Populaire que localement, cet intelligent et courageux petit épagneul mériterait d’être mieux connu. Originaire du Mid-Ouest des États-Unis, plus précisément du Wisconsin et du Minnesota, la race fut fixée dans les années 1900 mais son standard n’a été officiellement reconnu qu’en 1938. Les détails précis de sa création sont incertains, mais tout porte à croire que l’Irish water spaniel, le Curly coat retriever ainsi que le Field spaniel ont joué un rôle de premier plan dans ses origines. Enjoué et amical, cet épagneul d’eau apprend vite et s’entraîne bien. Très intelligent, courageux et actif, il fait un excellent rapporteur de sauvagine, malgré sa petite taille. C’est un chien musclé et vif qui ne craint pas le travail. Doté d’un tempérament fonceur comme tous les autres chiens de type « spaniel », ni l’eau froide, ni les broussailles ne le rebutent. Son désir de plaire à son maître rend son dressage vraiment aisé, mais à l’instar des autres épagneuls, il peut s’avérer quelques fois têtu ou obstiné. Paradoxalement, ce petit défaut est considéré comme une qualité par les amateurs de la race, car une fois sur une piste, il ne lâche pas prise facilement. Très volontaire au travail et à l’entraînement, il n’est pas un bon candidat pour ceux qui utilisent des méthodes de dressage brutales. La violence n’est en aucun cas de mise dans l’éducation du chien et ce quelle que soit sa race ; l’American water spaniel requiert tout de même une éducation stricte et exige à être socialisé dès son jeune âge. Compagnon idéal pour la famille, il demande beaucoup d’exercice.



Sa robe épaisse mi-bouclée et huileuse lui donne une longueur d’avance sur son cousin le Springer lorsqu’il s’agit de travailler en eaux turbulentes et froides. Cette dernière demande des brossages réguliers et tend à l’instar de celle du Chesapeake, à avoir une forte odeur. Cependant, ce léger désagrément est largement compensé par le fait qu’il mue peu ou pas du tout. Sa couleur va de foie uni à chocolat foncé, ce qui le rend parfaitement bien adapté aux environnements aquatiques.

D’une taille de 15 à 18 pouces et d’un poids de 24 à 45 livres, il est le candidat idéal pour le chasseur qui a peu d’espace à offrir à un chien et pour la chasse dans les petites embarcations. Son gabarit léger lui confère un avantage certain sur les races plus grandes dans les endroits où le couvert et les sites d’embuscade sont rares.



Le Flat Coated retriever. Ce superbe retriever à poils plats fut développé en Angleterre vers les années 1800. Issu de divers croisements effectués entre autre avec le Terre-Neuve, le Setter Irlandais, le Labrador et même selon certaines sources, le Colley, le Flat Coated représente le parfait équilibre entre beauté et talent. Longtemps grand favori comme chien de chasse mais aussi comme chien d’exhibitions dans son pays d’origine, sa popularité s’est vue décroître en partie à cause du labrador et du golden. Sous cette allure noble se cache un grand enfant enjoué amical et affectueux qui ne demande que l’attention de son maître. Outre son tempérament agréable, il est un redoutable rapporteur qui adore l’eau et qui n’a pas peur de s’élancer dans l’élément liquide, beau temps mauvais temps, afin d’aller quérir le précieux gibier.

Alerte, intelligent et obéissant, le Flat Coated est facile à dresser et adore rapporter. Très énergique, il n’est pas fait pour la vie en appartement ; il préfère la campagne où il y a suffisamment d’espace pour dépenser son inépuisable énergie. C’est un chien actif à l’extérieur, mais qui devient relativement calme à l’intérieur. Le Flat Coated est très sociable ce qui fait de lui un complice parfait pour les enfants et les gens qui sont souvent à la maison.



De couleur noir uni ou foie uni, sa belle robe soyeuse frangée aux pattes et à la queue demande un entretien fréquent ; il doit être brossé au moins deux fois par semaine. D’une taille qui varie entre 22 et 23 pouces et d’un poids se situant entre 60 à 70 livres, le Flat Coat fait un excellent compagnon doublé d’un magnifique chien de chasse.

L'auteur désire remercier ses collaborateurs photo:

Mario Beauregard / Nordais Chesapeake
Capt Jeff Coats / Pitboss Waterfowl
Dave Weidner / Storm Outfitter
Isabelle Vézina / HappyShack Flat Coated retrievers
Gary March
Rob Jepson
Eleanor Trew