Selon moi, le garrot est le plus merveilleux des canards de plonge. À cause de ses couleurs qui en font un des plus beaux trophées qu'un sauvaginier de large peut obtenir et aussi à cause de son comportement dans les airs qui est tout à fait spectaculaire. De son côté le morillon, par ses grands déplacements de masse, offre lui aussi un spectacle hors du commun et de très belles opportunités de chasse pour qui sait le faire approcher.
Chasse au garrot à oeil d'or mémorable qui a été effectuée sous un froid intense du mois de novembre comme en témoigne la glace sous le bec des appelants. (photo Steve Morissette)
On associe malheureusement trop souvent le garrot au morillon même s'ils ont des comportements totalement différents. D'une part, le morillon a tendance à se tenir en grosse concentration et à se déplacer en volées de plusieurs dizaines voire plusieurs centaines d'individus. Ces grands groupes auront moins souvent tendance à vouloir se poser parmi vos appelants. Pour les convaincre, vous devrez leur proposer une disposition d'appelants qui occupe une grande surface sur l'eau. D'autre part, le garrot, aime se tenir dans les baies à l'abri du vent et vole la plupart du temps en petits groupes de moins d'une quinzaine d'individus. Son approche vers les plans se fait tout en hauteur et s'il trouve votre présentation attrayante, il se laissera descendre vers votre jeu d'appelants, les pattes bien sorties comme le ferait un malard. Cette descente vertigineuse rend ce canard très spectaculaire à chasser. Je vous présente dans ce texte deux approches avec lesquelles j'ai connu beaucoup de succès au fil des ans.
Le Garrot de novembre
Afin de déterminer l'équipement nécessaire pour la chasse au garrot, vous aurez d'abord à choisir où vous voulez le chasser. Deux choix s'offrent à vous : vous pouvez choisir de chasser d'une pointe qui s'avance vers le large ou à partir d'une cache à profil bas comme une calleuse ou un " lay-out boat ". Le " duckboat " quant à lui peut servir à quelques occasions lorsqu'on veut s'installer très près du rivage mais il faut faire attention car le garrot à une peur bleue de cette embarcation, contrairement aux morillons de début de saison qui sont moins farouches.
Figure 1. Zones à prévilégier pour le garrot.
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Si vous chassez sur une pointe (emplacement #3 sur figure 1), vous devez vous assurer avant tout que les canards voyagent régulièrement à proximité de cette dernière durant la journée, sinon votre journée de chasse risque de se transformer en une journée d'observation. Donc, si votre prospection vous montre qu'il y a un bon va-et-vient de garrots en avant d'une pointe donnée, il s'agira d'un endroit de choix. L'avantage de cet endroit est que vous pourrez y chasser plusieurs journées consécutives car vous ne brûlez pas l'aire de gagnage ou de repos du garrot. Un plan de quelques douzaines d'appelants suffit pour effectuer une bonne chasse sur une pointe (voir figure 2A).
Si par contre, vous êtes équipé d'une calleuse ou d'un lay-out et que vous avez l'habitude de chasser le morillon, vous pouvez choisir de chasser sur le X (emplacement #1 sur figure 1), soit l'aire de gagnage du canard. Vous pouvez aussi choisir une ligne de vol (emplacement #2 sur figure 1) et tenter de faire coller les canards au passage. Pour une telle chasse, vous devrez utiliser une centaine d'appelants de garrots afin de bien dissimuler votre calleuse et de tenter les canards (voir figure 2B).
Figure 2. Disposition des appelants sur une pointe (A) ou en calleuse (B).
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Pour ce qui est du type d'appelant, je n'utilise que le garrot de format standard attaché à une ancre un par un. Le réalisme ayant toujours sa place, qu'il y ait du vent ou pas, du courant ou non, votre disposition aura toujours l'air naturel. L'utilisation de ligne d'appelants rend votre disposition moins réaliste, même lorsque disposé en demi-lune. De plus, le rangement dans le bateau doit se faire d'une façon très méthodique afin que le tout ne devienne un méli-mélo. Vous pouvez utiliser des beignes à oreilles comme ancres d'appelants. Ces ancres peuvent se verrouiller afin qu'il soit impossible à dérouler dans le bateau; le moment venu, on n'a qu'à les déverrouiller et les lancer par-dessus bord pour que s'ajuste la longueur de corde nécessaire.
Certains sauvaginiers utilisent en même temps le garrot et le morillon comme jeu d'appelants. Personnellement, je ne cours qu'un lièvre à la fois, les autres espèces qui veulent bien se laisser tenter représentent un bonus. Le garrot aime bien se tenir avec ses semblables ; je l'ai rarement vu côtoyer les autres canards dans son lieu de gagnage.
À la chasse au garrot sur un petit plan d'eau, il ne faut pas mettre une trop forte pression de chasse car c'est un canard très méfiant et il n'hésitera pas à déserter ce secteur. Une à deux journées de chasse par semaine est acceptable. Un plan d'eau comme le fleuve et ses élargissements permettront une pression plus grande.
Il n'en tient qu'à vous de profiter de ce magnifique canard dont le sifflement des ailes par une froide journée de novembre restera gravé dans votre mémoire à jamais…
Le morillon : optimisez la position de vos appelants
Comme mentionné plus haut, pour le morillon l'histoire est un peu différente. Vous devez faire en sorte que de grosses bandes d'oiseaux sentent le besoin irrésistible de venir visiter l'endroit. Après plusieurs années de chasse aux morillons sur les lacs du fleuve St-Laurent, j'ai développé une disposition intéressante afin de faire paraître votre plan plus gros qu'il ne l'est en réalité. Il s'agit de disposer de 100 à 150 appelants de morillons de façon à imiter un cageux de 500 à 600 oiseaux.
Les caches à profil bas comme cette calleuse sont ideales pour le morillon car elles permettent au chasseur de se dissimuler en eau claire. (photo Steve Morissette)
Figure 3. disposition des appelants en champignon inversé
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Il s'agit de positionner les appelants en forme de champignon inversé. Pour procéder, rien de plus facile. Après avoir ancré votre calleuse, vous commencez par étendre vos appelants à partir de 20 verges en avant de cette dernière pour former une ligne de 10 verges de large par 90 verges de long tel que représenté sur le diagramme ci-contre. Assurez-vous de les déposer en formation assez serrée afin que les oiseaux ne puissent pas se poser entre les appelants. Par la suite, vous disposez le reste des appelants en forme de demi-lune de chaque coté de la calleuse (45 verges de long de chaque côté). De loin, votre disposition aura l'air d'avoir un format total de 100 verges par 120 verges. En entrant dans votre jeu, les morillons voudront toujours se diriger vers la tête du champignon, à portée de tir. Cette méthode est très efficace lorsque la pression de chasse est forte.
Bien que controversé, j'utilise des appelants de dimension standard car je préfère la quantité à la grosseur. De plus, les appelants plus petits prennent moins de place dans l'embarcation, ce qui n'est pas négligeable. De toute façon, je chasse presque toujours dans moins de 2.5 pieds de vagues alors nos appelants de format standard sont toujours visibles.
Comme mentionné plus haut je suis un inconditionnel du réalisme, ce qui valait pour les garrots vaut aussi pour les morillons : tous nos appelants sont attachés seuls avec une ancre en forme de beigne. Outre la possibilité de façonner votre patron de disposition à votre guise, l'utilisation d'appelants individuels intimidera moins vos invités qui sont moins habitués à ce genre de chasse lorsque viendra le temps de vous aider à déployer l'arsenal.
Sur ce, je vous souhaite bonne chasse aux plongeurs!
Le tireur en attente, son partenaire dans le bateau-remorque au loin lui rapporte son morillon. (photo Steve Morissette)
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