Après avoir lu et entendu différents commentaires, parfois véridiques et d’autres fois complètement farfelus sur ce sujet, j’en suis venu à la conclusion suivante : Ça serait une bonne idée de démystifier ce qu’est la grippe aviaire. En fait, le moment exact où je me suis dit qu’il fallait éclaircir le tout, c’est quand j’ai entendu ceci aux nouvelles de 18h00 «…la bactérie causant la grippe aviaire…» Hichhhhh… Voyez-vous, en tant que microbiologiste, entendre aux nouvelles du soir que la grippe aviaire est causée par une bactérie me fait raidir le poil de bras au même titre que le professeur de français qui entend un fameux «si j’aurais…». Soyons clair une fois pour tout : L’Influenza est causée par un VIRUS et non par une BACTÉRIE.
Passons maintenant au sujet qui nous intéresse. Je ne sais pas pour vous, mais la question que je me fait poser souvent ces derniers temps est : « tes chums pis toi, allez-vous continuer quand même à chasser vos oiseaux avec tout ce qui ce qui se dit à propos de la grippe aviaire? » Et quand je leur répond oui, il s’empresse de dire : «T’as pas peur? Peur de quoi que je leur réponds? Ben du virus, de la «bactérie», ils en ont parlé encore hier soir aux nouvelles et bla bla bla…» Ha, les nouvelles… Tout d’abord, il faut préciser que les médias ne mentent pas systématiquement à ce propos. Ils n’ont plutôt pas toujours intérêt à prendre le temps de remettre en contexte les gros titres accrocheurs et vendeurs ! Il faut donc se rappeler que l’influenza aviaire H5N1 n’est toujours pour l’instant qu’une maladie d’oiseaux, qui infecte rarement les humains (au début mai 2006, seulement 206 cas sur 5 milliards d’habitants de la terre). Voici donc un article qui pourra, du moins je l’espère, résumer la situation, mettre un peu de lumière sur ce qui est trop souvent entendu et ce qui en est réellement. La rédaction de cet article a été faite avec l’étroite collaboration de mon bon ami, Jocelyn Beaucher, Ph.D, Microbiologiste et conseiller en biosécurité pour l’Université de Sherbrooke. J’espère que cet article vous poussera aussi à consulter davantage les différents ouvrages et sites Internet d’information disponibles à ce sujet. Comme dit le dicton, une personne avertie en vaut deux…
C’est dans la nature !
Depuis la nuit des temps, les sauvagines que nous, chasseurs, aimons tant, constituent un réservoir NATUREL pour les virus grippaux (virus de la famille des Influenza A), dont celui dont tout le monde parle par les temps qui courent et que l’on nomme la grippe aviaire H5N1. Sans entrer dans les détails, les virus de la famille des Influenza A sont toujours reconnus et désignés par 2 lettres (H et N) suivies d’un chiffre (ex. H1N1, H5N1, H7N7, etc.). On connaît actuellement 16 sous-types de H (H1 à H16) et 9 sous-types de N (N1 à N9). À travers l’histoire, seuls les sous-types H5 et H7 sont reconnus pour être devenus hautement pathogènes et avoir causé des épizooties et des panzooties chez les espèces aviaires. Une épizootie est une maladie qui se répand rapidement et qui affecte beaucoup d’animaux dans une région donnée. Une panzootie se répand quant à elle sur toute la surface de la Terre (Pour les maladies humaines, on parlerait plutôt d’épidémies et de pandémies respectivement). Encore là, il faut bien comprendre que ce ne sont pas toutes les souches H5 et H7 qui sont très virulentes. Ainsi, selon la gravité de la maladie qu’ils causent, les virus de la grippe aviaire sont classés en deux catégories : a) Influenza aviaire faiblement pathogène (IAFP) et b) Influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). La forme IAHP est celle qui cause le plus grand nombre de décès chez les oiseaux et qui a le potentiel de causer des épizooties et même des panzooties, cela va de soit. Cette forme particulièrement virulente fut jadis appelée « peste aviaire ».
Présentement, il y a la fameuse souche H5N1, qui fait les manchettes et qui se manifeste officiellement dans 49 pays (en date du 16 mai 06) répartis en Asie, en Afrique et en Europe. La seconde forme IAHP à la mode, mais dont les médias parlent moins, est la souche H7N7, qui a été responsable d’une éclosion de grippe aviaire qui a touché la Colombie-Britannique en mai 2004. On peut donc comprendre que la grande majorité des souches virale de la grippe aviaire sont des souches dites IAFP et que les oiseaux infectés ne présentent habituellement que peu ou pas de signes de la maladie. C’était d’ailleurs le cas en Colombie Britannique avec la souche H7N7 en mai 2004. Cependant, et c’est ce qui est arrivé avec la souche qui a frappé en Colombie Britannique, certains virus H5 ou H7 faiblement pathogènes (IAFP) peuvent subir des changements (mutations) et devenir tout à coup des virus hautement pathogènes (IAHP). En fait, c’est lorsque des virus comme H5N1 et H7N7 se multiplient et infectent un grand nombre d’oiseaux que tout le processus de mutations prend son sens. En se multipliant, ces deux virus, qui normalement devraient se multiplier en copie conforme à leur prédécesseur, ont des ratés et le résultat est un virus légèrement différent qui peut échapper au système immunitaire de chaque oiseau infecté. En fait, ceci est tout simplement le reflet de la célèbre théorie de l’évolution de Darwin : ceux qui s’adaptent peuvent survivre ! Les circonstances précises entourant la transformation des virus d’un état IAFP vers un état IAHP commencent cependant à peine à être comprises par les biologistes. Ce qui est toutefois bien compris, c’est qu’on ne peut jamais prédire avec certitude comment va évoluer un virus… Il faut donc le surveiller attentivement.
À qui la faute : sauvagine ou volaille d’élevage ?
En Asie, ce sont présentement toutes les bêtes à plume, domestiques et sauvages, qui sont victimes du H5N1. Jusqu’à preuve du contraire par contre, les seuls humains qui ont été infectés avaient toujours eu des contacts étroits avec des oiseaux infectés. Dans un zoo chinois, des tigres sont mêmes morts après avoir été nourris avec des poulets infectés. Donc en cherchant l’origine du H5N1, tout comme les autres virus IAHP, les scientifiques se demandent si ce sont les oiseaux migrateurs qui auraient infectés en premier les volailles domestiques, ou le contraire…
On sait que certaines espèces de sauvagine ont plus tendance à être porteuses de virus IAFP. Par exemple, des dizaines de milliers d’échantillonnages effectués un peu partout au Canada et aux États-Unis depuis 1977 montrent que grosso modo, entre 12% et 18% des colverts (Anas platyrhynchos), des canards pilets (Anas acuta) et des canards noirs (Anas rubripes) sont porteurs de virus d’Influenza aviaire. Des prélèvements semblables montrent cependant que moins de 1 % des oies blanches, des outardes ou de différentes espèces de plongeons en seraient porteuses. Ces études montrent aussi que les virus IAFP semblent infecter plus les jeunes oiseaux que les spécimens matures, et ce, surtout au cours de la fin de la saison de la nidification et au cours la migration automnale. Les virus IAFP se transmettraient surtout par les excréments et ils pourraient subsister pendant plusieurs mois dans l’eau fraîche des lacs et des étangs du nord du pays où se produit la nidification de plusieurs espèces. Étant donné que les virus IAFP ne causent pas une maladie grave pour les sauvagines, il semble possible qu’un seul oiseau soit porteur de plus d’un virus de grippe aviaire à la fois et que ces virus colocataires puissent s’échangent des morceaux de matériel génétique. Ce phénomène inhabituel, combiné au fait que les virus d’Influenza démontrent une facilité étrange à muter spontanément amène les scientifiques à penser que cela pourrait expliquer la grande variété de virus d’influenza aviaires qui existent. Ainsi, au cours de leurs voyages, les oiseaux migrateurs auraient la capacité d’introduire dans les élevages de volaille mal protégés, des virus H5 et H7 faiblement pathogènes qui par la suite, subiraient des mélanges et/ou des mutations pouvant mener à l’apparition de souches IAHP. Cette théorie expliquerait facilement l’apparition inattendue d’épizooties de virus IAHP, mais pas complètement leur propagation extrêmement rapide… Il y aurait évidemment le commerce, mais surtout la contrebande. Étonnamment en effet, la contrebande d’oiseaux est le troisième commerce illicite au monde, tout de suite après les trafics de drogue et d’armes ! Cela expliquerait en grande partie l’incapacité à enrayer l’épizootie dont ont fait preuve les pays d’Asie depuis 2003. Imaginez-vous en train d’essayer de convaincre un paysan vietnamien qui doit nourrir ses huit enfants et sa femme de ne pas racheter de poulets de contrebande après que le gouvernement ait abattu ses volailles sans le dédommager…
H5N1 chez nous, cet automne ou pas ?
Les Amériques et l’Océanie sont les deux seuls continents encore épargnés par le virus H5N1. Plusieurs spécialistes ont prédit que nous serions touchés dès cet automne 2006, après la rencontre au sommet de la Terre des grands voiliers provenant d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. À ce jour, les observations de la fin du printemps et des migrations semblent toutefois les contredire. En effet, malgré que de grandes routes de migrations d’Amérique et des vieux continents puissent se croiser en Alaska, ainsi qu’au Groenland et Grand-Nord canadien, les observations des gouvernements canadiens et états-uniens ne montrent encore aucun signe inquiétant. De plus, la sévérité de la maladie que cause H5N1 chez les oiseaux laisse penser que les sauvagines malades n’auraient pas pu survivre au voyage. Finalement, le contrôle efficace de la maladie qui a été mis en place en Europe est un autre signe encourageant qui indique que la situation reste sérieuse mais contrôlable. Elle demande évidemment une surveillance constante, mais il n’y a définitivement pas lieu de paniquer et de penser à n’interdire aucune chasse et surtout, d’en consommer. En fait, pour ce qui est de la consommation, le virus de la grippe aviaire sera tué par la chaleur de la cuisson de la viande. Cependant, à l’inverse et contrairement à la croyance populaire, la congélation ne tuera pas le virus. Il a été démontré que le virus peut facilement survive plus de six mois eau froide (les eaux du grand nord) et que la congélation ne l’affecte que très peu. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles on croit que le virus est capable de perdurer dans le grand nord !
La grippe aviaire H5N1 reste une maladie d’oiseaux qui s’est répandue rapidement à presque toute la planète et qui, dans de rares occasions, en a profité pour infecter quelques humains. Ce n’est pas la première grippe aviaire, ni la dernière… Nos gouvernements doivent donc préparer « l’éventualité probable » que le virus H5N1 se transforme et devienne pandémique pour les humains. Mais d’ici-là, ce méchant virus n’existe pas encore et on ne peut donc préparer aucun vaccin pour les humains. On peut toutefois certainement continuer de préparer notre chasse automnale en restant attentif et critique face aux informations qui nous serons données sur l’évolution de la situation. Vous souvenez-vous de l’émoi causé par la préparation à un certain bogue de l’an 2000 ? Il était probable, on s’y est préparé et il n’est pas survenu. Seul l’avenir nous dira si H5N1 aura été de la même trempe !
Références (cliquez sur ces liens):
Service Canadien de la Faune
Canards Illimités Canada
Agence Canadienne d'inspection des aliments
Science Magazine
Future Health Solutions
OIE
Organisation Mondiale de la santé
Gouvernement du Canada
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