Il y a une question qui revient souvent dans les différents forums : qu’est-ce qui est important à regarder lorsqu’on veut se procurer une arme de seconde main? Bien entendu, le sujet des types d’armes en est un plutôt vaste et je ne mentionnerai ici que les points concernant les armes de chasse qu’utilisent les sauvaginiers en général, soit les fusils à répétition.
À mon avis, lorsqu’on veut se procurer une arme de seconde main, les deux premières choses à vérifier sont 1) la condition interne d'une arme et 2) son utilisation antérieure ; et ce malgré l’aspect externe de l’arme. Je m'explique: les fusils de Trap (ou de compétition de Trap, Skeet, ou de Sporting) sont très souvent des armes superbes, mais elles peuvent avoir fait beaucoup de « kilométrage » quand même. Un Remington 1100 Auto tenu en bon état, peut supporter plusieurs milliers de coups de feu (100,000 et +, comme celui d'un comptable de mes connaissances) sans que cela ne se voit de l'extérieur, l'arme ayant été entreposée dans un bon coffret étui, et n'ayant eu comme trajet que le sous-sol de son ancien proprio à la valise d'auto de celui-ci, jusqu'au champ de tir. Cette arme aura encore son utilité, mais dans ce cas, si on veut avoir une arme fonctionnelle pendant quelques années encore, il faudra peut-être prévoir changer le canon, quelques pièces de la culasse, ou encore certaines pièces internes.
C'est un peu la même chose pour les armes de chasse. Si on regarde pour un fusil d'un certain âge, il faut vérifier l'utilisation effectuée par son ancien proprio. Mon partenaire de chasse avait fait l'acquisition d'un superbe fusil Ithaca Mag 10, qui avait appartenu à un chasseur d'outardes notoire de notre coin. Bien que cette arme semblait avoir été bien entretenue, elle avait été bleuie et la crosse re-huilée. Déjà cela annonce que cette arme a été retouchée. Non pas qu’il faut se méfier d’une arme retouchée, mais c’est un peu le même principe qu’une auto repeinte : cela fait augmenter le prix et cache parfois les défauts internes. Pour en revenir à mon partenaire de chasse, il s'est mis à connaître l'automne suivant toutes sortes de problèmes: les deux coussinets internes de fin de course se sont cassés, le ressort du mécanisme qui libère la culasse s'est cassé, l'extracteur de douilles à du être changé, et pour finir son canon qui a fait une balounne à cause les billes d'acier. Pour l'avoir déjà écrit ailleurs, lorsque j'ai travaillé chez mon copain armurier, nous avions un client "chasseur" qui possédait trois Beretta semi-automatiques. Tous ses fusils avaient des mal fonctions, cela même si ces armes ont la réputation d'être quasi indéfectibles. J'ai entendu dire par la suite que notre joyeux luron, procédait à la destruction systématique de ses fusils, ayant jusqu'à pagayé avec l'un d'entre eux, juste pour voir jusque ou se rendrait la fiabilité de ses armes…
Toutefois, il existe quelques repères pour déterminer la condition d'une arme, indépendamment de son mécanisme. Le premier est de tirer une cartouche, lorsque c'est possible, et de mesurer le culot de cette douille avec un vernier (pied à coulisse), ou un micromètre. Si les lectures dépassent 0.015" à 0.020" d'une cartouche neuve, cela est signe que le canon commence à en avoir assez. Si il se forme un renflement à la base de la douille, c'est que la tolérance de fermeture entre le canon et la culasse est trop grande (ou du moins il y a un problème de ce coté), et il faudra changer ou la culasse et /ou le canon, ou revoir les pentures de culasse dans le cas d'un double.
Selon mon expérience, le choix des armes de seconde main devrait être fait selon cet ordre: les doubles (superposés et juxtaposés) en premier lieu qui sont presque indestructibles, sauf pour les tenons ou goupilles de penture (et cela est facilement vérifiable). En second lieu, les fusils à pompe, pour leur facilité de réparation et leur fiabilité de mécanismes. Et en dernier les semi-automatiques, qui demandent quelques fois au futur proprio certaines connaissances en sciences de la mécanique. Personnellement, je me tiendrais loin des fusils à verrou sous toutes leurs formes. Ce sont souvent des armes de basse manufacture (moindre qualité), qui n’ont absolument rien de commun avec les carabines à verrou, et qui ne comblent qu’une très faible portion de nos besoins : la lenteur de ces mécanismes rend ces armes pratiquement inutile pour tout sauvaginier.
Comment peut-on vérifier l’intégrité d’une arme? Outre le fait de regarder minutieusement l’aspect externe de l’arme, de jouer un peu avec lors de l’achat, ou encore d’essayer de cuisiner le vendeur, il y a quelques points de repères que j’ai appris à reconnaître au fil des ans, et dont je vais essayer de dresser le plus complètement possible dans ce document. Premièrement, et cela va sembler un peu contradictoire avec mon énoncé plus haut, pour les doubles (juxtaposés et superposés) il n’y a qu’un bon armurier qui peut nous indiquer l’état de la mécanique interne. Comme mentionné plus haut, pour la plupart des doubles (sauf les fusils de marque Darne) ce sont les goupilles de pivots qui sont les plus sollicitées et qui vont déterminer si l’arme est sécuritaire ou non. Un bon armurier possède des instruments pouvant permettre de mesurer l’usure de ces goupilles (micromètre et cales). Il pourra ensuite démonter la crosse afin de vérifier les marteaux, ressorts, mécanismes de sûreté, etc. Dans le cas des fusils à coulisse (pompeux) et des semi autos, c'est lorsqu'on peut démonter l'arme que l'on peut voir des choses. Cela est facilement possible avec les armes modernes, en dévissant l'écrou de retenue du canon, et en démontant le mécanisme de la gâchette (qui est souvent supporté par deux goupilles ou par un levier dans certains autres cas). En fait, c’est aussi un excellent moyen de savoir à qui on a affaire, en demandant au marchand s'il ne nous permettrait pas au moins de démonter le canon et l'assemblage de gâchette. Dans le cas d'une réponse négative, lui remettre l'arme bien gentiment et s’enfuir vite fait est à conseiller, sauf bien sur si on a une confiance absolue en notre interlocuteur. S’il est sérieux, il trouvera bien un coin tranquille où l’on peut procéder à notre petite analyse. Cela demande bien sur une certaine dose de courage, mais le jeu en vaut la chandelle.
Lorsque l’arme est démontée, il faut alors regarder les rails, et vérifier s'il n'y a pas trop de signe d'usure. Vérifier aussi si ces rails n'ont pas de marques de "pré soudure" qui indiquent si il y a eu du métal qui a saisi : lorsque deux pièces d'acier sont mal lubrifiées, des particules se détachent et se soudent, d'ou la "pré soudure". Cela est assez courant lorsque les rails sont mal alignés. Si ces rails ont déjà été re-soudés (par un armurier), c'est qu'ils ont déjà cassés et c'est sûrement un signe de mauvais traitement ou tout simplement d’un mauvais concept d’arme. Cela se voit surtout dans les fusils à rail unique, comme ces bon vieux Remington modèles 37, dont un fusil sur 5 avait son rail re-soudé. Les rails, lorsqu’ils sont mal alignés (fusils à coulisse et autos), feront une espèce d’effet à ressort quand on les sort des passages, et auront besoin d’être forcés pour être remis en place, ce qui ne devrait pas être le cas.
Dans le cas des armes semi-automatiques au gaz, vérifier le piston et le mécanisme de fonctionnement pour les traces de martèlement. Cela se voit aux extrémités des mécanismes ou encore en fin de course des pièces de mouvement. Si ces traces sont trop sévères, cela annonce du changement, et des pièces à changer prochainement. Le martèlement indique surtout que l’arme a été mal lubrifiée, ou pas assez lubrifiée, et est un indice de son usage précédent. Vérifier l’état des bagues de piston, des joints étanches (« o-rings »), et si le schéma de remontage est toujours à l’intérieur (tous les semis au gaz ont un schéma de remontage quelque part à l’intérieur du fut). Vérifier si le piston est toujours bien arrimé au support de culasse, ou à tout le moins s’il n’y a pas de traces de délaissement ou encore de fatigue de ce coté. Vérifier si toutes les butées de fin de course sont toujours présentes: il peut y en avoir jusqu’à deux ou trois dans quelques modèles. Enfin s’informer de la pertinence de mobilité lorsqu’on doute de certaines pièces qui ne sont pas fixées. Vérifier aussi le marteau, afin de voir si celui-ci commence à s'écraser, peut indiquer des signes de fatigue prochaines. Vérifier également l’état général de l’intérieur du boîtier de culasse autant pour les fusils à coulisses que pour les semi-automatiques: il ne devrait pas y avoir de traces de rouille, ou trop de traces de martèlement. Les passages des rails devraient présenter une surface lisse et libre de toute saleté.
Remonter ensuite l’arme et vérifier s’il n’y a pas trop de jeu entre la culasse et le canon pour les fusils à coulisse. Lorsque l’arme est fermée on essaie de faire un mouvement de va et vient sans l’ouvrir : les rails et le support de culasse feront quelques cliquetis, mais la culasse devrait rester bien arrimée dans la mortaise du canon. Si la culasse bouge, c’est un signe d’usure de la mortaise du canon ou du tenon de culasse, et soit le canon ou la culasse ou les deux seront à changer sous peu. Seul un bon armurier peut vérifier ce détail pour les armes semi-automatiques.
Pour les fusils semi-automatiques avec nouveau mécanisme au recul intégré (Benelli, Fabarm, Stoeger, etc.), les mêmes critères mentionnés plus haut valent, sauf qu’il n’y aura pas de piston à vérifier. Ce sont des ressorts, soit à l’intérieur de la culasse ou sur le tube de chargeur, qui font fonctionner le mécanisme. Peu de gens ont l’équipement nécessaire pour vérifier l’état de compressibilité de ressorts, mais on peut toujours vérifier si ces derniers ne sont pas tordus ou cassés.
Pour toutes les armes, le vieux truc de vérifier si le poinçon sort bien avec un dix sous, n'est pas garant de sa condition: ces petites tiges peuvent casser à tout moment et sont assez facilement remplaçables.
Dans le cas des Browning A-5, des anciennes versions de Winchester Modèle 12, des semi-automatiques à fonctionnement au recul (ex: Remington Sportsman), ou de toute autre arme qui n'est pas facilement démontable, seul un armurier compétent peut nous garantir de la bonne condition d'une arme. Les A-5, les Mod. 12, et la plupart des vieux autos à reculs sont montés avec vis et goupilles, et requièrent beaucoup de doigté pour les démonter et les remonter convenablement.
Bien que plus secondaire lorsqu’on parle d’une arme de chasse, l’aspect externe d’une arme est aussi à considérer. Les pièces de bois (crosse et fut), ne devraient pas présenter de traces d’humidité restante. Quand on voit une ligne beaucoup plus foncée dans le bois, c’est qu’il est resté de l’humidité dans cette pièce, et cela annonce une fêlure prochaine. Ultérieurement il y aura une séparation, et il faudra procéder au recollage de ces pièces. Il ne faut pas confondre ceci avec une éraillure du vernis cependant. Vérifier également s’il n’y a pas de distorsion de la crosse ou du fut. Vérifier aussi si la crosse est bien solidement fixée au boîtier de culasse. S’il y a du jeu de ce coté, c’est soit que la crosse démontre des signes de pourriture ou d’usure, ou encore que la crosse soit mal ajustée au boîtier de culasse.
Pour certains fusils à coulisse, vérifier si le support de rails est bien fixé au fut. Certains automatiques ont un feuillard de fibre de verre à l’intérieur du fut qui protège le bois contre les gaz de combustion, l’humidité, et donne plus de rigidité à celui-ci. Si ce feuillard commence à décoller, le fut en aura plus pour longtemps et il faudra le remplacer. Vérifier s’il n’y a pas de traces d’écrasement du fut par rapport à la relation de serrage entre le boîtier de culasse et la bague du canon. Si c’est le cas, cela indique que le fut aura absorbé beaucoup trop d’humidité (cas sévères) et aura allongé du à ce fait. Le canon sera ainsi mal ajusté, rendant l’arme dangereuse. Quand à la rouille, si celle-ci n’est pas trop sévère, l’intégrité de l’arme ne sera pas compromise. Toutefois, si il y a des cavités de rouille à l’intérieur de l’âme du canon, il faudra penser à changer le canon. Certains fusils ont des boîtiers de culasse fait d’alliage d’aluminium. Toutes les recommandations citées plus haut concernant les boitiers de culasse valent ici, plus un autre détail. La plupart de ces boîtiers ont reçus une teinture chimique, afin de protéger l’aluminium contre l’oxydation. En effet, l’aluminium ne rouille pas, mais ce métal n’est pas libre des effets de l’oxygène. Lorsqu’il s’oxyde, l’aluminium produit une espèce de poudre blanche (oxyde d’aluminium), et cette oxydation n’est pas toujours en surface comme pour l’acier. Lorsque cela devient trop sévère, l’oxydation pénètre parfois loin à l’intérieur du métal, et peut compromettre l’intégrité d’une pièce.
Pour finir, je pourrais dire que la plupart des armes de renom (Américaines ou Européennes), sont des armes fiables et facilement réparables au besoin. Lorsque des problèmes de mécanique interne s'annoncent, cela ne rend pas nécessairement ces armes dangereuses. Il faut seulement apporter les correctifs nécessaires, pour les rendre utilisables. L'aspect externe de l'arme est surtout de l'esthétique, quoique cela est un fait appréciable: on est tous fier de présenter notre fusil préféré dans ses plus beaux atours. Comme exemple, si on regarde mon 10 qui fait la "guéguerre" depuis 1992, on peut voir que je ne me suis pas arrêté souvent sur cet aspect...... Par contre, sa mécanique interne reluit comme un 10 cennes, et seulement un trop plein de terre et de débris le fait arrêter de fonctionner correctement.
|