En temps normal, lorsqu’un groupe de sauvaginiers chevronnés effectuent une tournée de prospection, c’est normalement avec l’objectif de trouver le champ d’alimentation principal. De mon côté, j’apporte encore plus d’importance à la prospection qu’à simplement découvrir le fameux champ, aussi appelé le X.
Je recherche et j’observe les différents corridors de vol, les dortoirs de nuit, les dortoirs de jours, les obstacles naturels et de fabrication humaine que les oiseaux évitent, je considère l’altitude à laquelle les oiseaux arrivent aux champs d’alimentation et aux dortoirs, j’évalue leur degré de méfiance, ainsi que tous les détails qui m’aideront à déterminer avec une certaine exactitude les corridors de vols et de là, je peux élaborer certaines stratégies de chasse dans ces corridors («Traffic Hunt»), afin de déranger le moins possible le X.
J’aime laisser le X aux oiseaux afin qu’ils conservent cet endroit le plus longtemps possible pour se nourrir sans y être trop dérangés; ainsi je peux chasser les mêmes groupes d’oiseaux à plusieurs reprises sans avoir à les retrouver à chaque fois. En chassant les différents corridors menant au X, je chasse en périphérie du X, généralement à plus ou moins ½ kilomètre.
Par expérience, en chassant de cette façon, il m’arrive souvent de garder certains groupes d’oiseaux dans le même secteur pendant 2 semaines; je peux donc étaler ma qualité de chasse sur une plus longue période en évitant de chasser le X et de déranger de façon définitive le «pattern» des oiseaux.
L’exemple le plus flagrant démontrant ce que j’avance est, sans aucun doute, survenu tôt en saison en 2005. Ça faisait 2 semaines que les bernaches se nourrissaient dans un champ de blé. À cause du nombre restreint de champs récoltés, j’ai décidé de m’installer dans la luzerne à environ ½ kilomètre de là. J’ai réussi à faire le quota de 5 chasseurs sans déranger le troupeau principal qui s’alimentait sur le X. De cette façon, nous avons pu chasser ce même troupeau de bernaches à 2 autres reprises, ce qui aurait été impossible si nous avions chassé le X dès le début.
Je pourrais rapporter une bonne dizaine d’exemples. Rappelons seulement qu’un moment donné en 2004, mon groupe a réussi à récolter plus de bernaches en chassant le corridor de vol que le groupe de chasseurs installés sur le X; nous avions réussi à intercepter un bon nombre de voiliers d’oiseaux se dirigeant vers le X.
Il faut aussi considérer que lorsqu’on conserve un bon troupeau d’oiseaux dans un secteur donné, inévitablement ça en attirera davantage. les oiseaux attirent les oiseaux, pensez-y!
Ça fait aussi partie de ce que j’appelle gérer la pression de chasse sur un territoire donné.
Chasser le corridor de vol est de loin le type de chasse que j’affectionne le plus. Cette façon de faire requiert un maximum de connaissances quant à la disposition des appelants et à l’appel. En effet, il faut arriver à convaincre les bernaches de changer leurs habitudes acquises au cours des derniers jours, voire même les dernières semaines, et les convaincre de venir s’alimenter à l’endroit où l’on se trouve. Ça met nos talents de sauvaginiers aguerris à rude épreuve, je trouve le défi très élevé.
En terminant, il faut aussi noter que certains jours, à cause de vents forts, les oiseaux peuvent dévier de leur corridor de vol habituel, soit pour profiter des vents et minimiser leurs efforts de déplacements, soit pour se présenter au champ d’alimentation face au vent facilitant ainsi leur atterrissage. Il se peut aussi que, tout simplement, le vent les pousse à l’extérieur de leur corridor de vol habituel.
Amusez-vous et bonne chasse de corridor de vol.
|